🎮 Final Fantasy V
Au sein de sa saga, Final Fantasy V occupe une place assez étrange: longtemps absent en Occident, il fut l’objet d’une fan-traduction par le groupe RPGe qui marqua l’histoire du romhack autant par sa qualité que son importance historique. Bien évidemment, lors de ma découverte du jeu, ayant déjà essayé sa suite, revenir à ces graphismes “âgés” m’a vite décontenancé, et je n’ai pas poursuivi l’expérience. Ce qui a changé…en 2015 en fait. Mais à l’occasion du Four Job Fiesta, je me suis décidé à refaire le jeu cette année.
La fête des quatre boulots
La saga Final Fantasy a toujours donné une grande importance au concept des classes (qu’elle appelle plus communément des “jobs”). Dans le premier épisode, le joueur sélectionnait les quatre personnages de son équipe et leur assignait un job qui ne changerait plus pour le reste du jeu1. Dans le quatrième épisode, et la plupart des épisodes suivants, chaque personnage est lié à un archétype, de manière plus ou moins évidente2, et avec plus ou moins de largesse3.
Dans FFV, rien de tout ça: nos quatre héros4 commencent l’aventure en tant que Freelancer, un job qui peut “tout“ faire (ou plutôt “tout équiper”), sans exceller nulle part, ni rien avoir de spécial. Le joueur sera donc libre d’assigner à chaque personnage le job de son choix, parmi une sélection de 21 (25 sur la version Advance) en plus du Freelancer. Et c’est là que le jeu révèle toute sa richesse.
En 2015, avant de jouer (et terminer!) le jeu pour la première fois, je traînais beaucoup sur le forum /vr/ (pour Videogames Retro) de 4chan, et assez régulièrement, le catalogue5 proposait un fil de conversation où les joueurs qui tentaient le Four Job Fiesta, un évènement annuel organisé depuis ~2006, au cours duquel les joueurs tentent de terminer le jeu en n’utilisant qu’UN SEUL job (déterminé au hasard par le site de l’évènement) par personnage, échangeaient trucs et astuces pour avancer dans le jeu.
On pourrait croire que limiter ainsi l’expérience du joueur rendrait la tâche impossible, que certains jobs seraient totalement inutiles ou pas assez puissants, tandis que d’autres allaient trivialiser l’aventure, ou que certaines combinaisons mèneraient à un jeu impossible à terminer, et… Il n’en est rien: le soin apporté à la construction du jeu, des monstres de chaque zone, de ce qui est permis au joueur,… est tel, qu’il est IMPOSSIBLE d’être bloqué, quelle que soit la combinaison que vous piochez.
Par exemple, le job de Berserker, un bourrin surpuissant que le joueur ne peut pas contrôler, peut sembler comme un tirage malchanceux qui privera le joueur de stratégie, plus encore si le hasard mène à une équipe de quatre Berserker6, mais là encore, je me souviens d’une réponse que j’avais lue: “Si tu es bloqué sur le boss du désert, tu peux aller tuer des ennemis dans une zone un peu avant: ils laissent parfois tomber des Death Sickle, qui peuvent appliquer l’effet de mort instantanée sur les ennemis qui ne sont pas protégés contre”.
Et je vois déjà les habitués des RPGs lever les bras au ciel: “Mais enfin, tout le monde sait que les boss sont protégés contre les effets, que ce soit le poison, le silence, ou la mort instantanée!”. Et bien non, pas dans FFV!
Humilier les boss
Par exemple, cette année, le hasard avait composé mon équipe ainsi:
Un Blue Mage, dont la force venait des attaques ennemies qu’il pouvait apprendre. Très utile une fois qu’il a appris L5 Death, la magie qui appliquait une mort instantanée à tous les ennemis dont le niveau était un multiple de 5.
Une Summoner, utile tout au long du jeu, les invocations étant toujours broken.
Un Geomancer, très pratique pour détruire les ennemis que je rencontrais régulièrement, mais qui s’est vite retrouvé relégué à la tâche de guérir tout le monde une fois contre les boss.
Un Chemist, qui pouvait combiner des objets pour appliquer des tonnes d’effets différents.
Et bien, croyez-le ou non, mais la seule présence du Chemist fait de cette équipe l’une des meilleures du jeu, tandis que le Blue Mage achevait de la rendre impossible à arrêter. Comme suggéré par un achievement, même le dernier boss peut être tué par L5 Death, si tant est que son niveau soit manipulé correctement…ce qu’un Chemist est capable de faire!
De la même manière, même le superboss du jeu peut être aisément détruit, malgré son niveau de 119 qui lui assure une défense et une évasion hors norme: il suffit d’utiliser le Chemist pour lui infliger un état de Berserk7 le rendant moins dangereux vu qu’il ne fera plus qu’attaquer au lieu d’utiliser toutes ses magies offensives, puis de manipuler le niveau de votre Blue Mage pour qu’il devienne équivalent à celui du boss, et enfin, balancer Goblin Punch avec ce dernier, une attaque plus ou moins inutile vu qu’elle ne fait “que” attaquer, mais qui possède un effet particulier si l’attaquant et l’attaqué ont le même niveau: elle inflige huit fois plus de dégâts. Une humiliation.
L’histoire avec un petit h
Avec un tel soin apporté aux mécaniques du jeu, malheureusement, le scénario en pâtit. Il n’est pas tant mauvais, et sait garder quelques surprises, mais on s’en détache vite, et pire encore, on s’attache finalement assez peu aux personnages. Même les personnages secondaires, pourtant bien présents et moteurs de l’évolution du scénario, me semblent être absents de l’aventure.
J’ai recommencé l’aventure8 sans les contraintes du Four Job Fiesta, afin d’obtenir tous les achievements demandant de tuer les multiples boss du jeu de manières tout aussi inventives les unes que les autres et…rien ne m’a vraiment marqué dans cette histoire, et aucun moment ne m’a apporté ce petit pincement en pensant à ces personnages. Je réalise que la chose qui m’a vraiment marqué, ce sont les donjons, et les boss, avec surtout celui sur le grand pont. Vraiment: ce n’est pas pour dire que l’histoire est mauvaise, mais elle me semble secondaire et peu approfondie, et c’est dommage lorsque l’on pense à quel point celles des épisodes IV, VI, VII,… ont pu marquer les joueurs.
Mais ne boudons pas notre plaisir: j’ai déjà parlé des jeux de menus, et jeux de parkours, mais là, on est peut-être dans le jeu de menus ultime. Plus encore sur la version Advance du jeu, qui inclut un donjon post-game assez fou qui demandera au joueur de passer BEAUCOUP de temps dans les menus afin de préparer l’équipe ultime, capable par exemple de terrasser un boss invincible. Et là encore, c’est incroyable, mais il suffit d’aller farmer des armes dans une autre salle, choisir le bon job, la bonne commande,… et le boss tombera en deux tours, sans même avoir eu le temps d’attaquer votre équipe. Le Four Job Fiesta de cette année se terminant le 31 aout, je ne peux que vous inviter à faire un tirage, et vous lancer dans l’aventure!
“Terminer le jeu avec quatre Mage Blancs? Cela ne marchera jamais!” ↩︎
Vous doutiez-vous donc que Tifa est clairement du job “Moine”, qui correspond aux pugilistes à mains nues? ↩︎
Le système de magies de Final Fantasy VII permet aisément de transformer un pugiliste en magicien, et vice-versa, sans parler de Final Fantasy VIII qui utilise aussi les archétypes mais dont le système de statistiques permet de développer chaque personnage comme le joueur l’entend. ↩︎
Petite surprise aussi: l’équipe est entièrement composée au bout d’une heure de jeu! ↩︎
Vous pouvez “sans crainte” visiter /vr/, il s’agit d’un forum plutôt tranquille. ↩︎
Depuis quelques temps, le système de tirage du site permet d’éviter ce genre de tirages si vous le désirez. ↩︎
Un état contre lequel le boss est immunisé, SAUF que le Chemist est capable d’outrepasser cette immunité! ↩︎
Décidément, le jeu aurait vraiment gagné à avoir un “New Game+”… ↩︎
