📺 Magical DoReMi
J’ai déjà parlé de la série animée Magical DoReMi sur ce blog, par le biais du film spin-off/hommage qui lui avait été dédié, mais au-delà de la première saison qui était passée en France sur Fox Kids, et de quelques épisodes de la seconde saison, suite à mon passage à l’âge adulte1, je n’étais pas allé plus loin dans la série, à l’exception d’un épisode sous-titré de la quatrième et dernière saison2, et d’un “raw” sans sous-titres du tout dernier épisode de la série qui traînait sur mon disque dur, je n’avais jamais vraiment terminé de suivre l’histoire de ces attachantes apprenties sorcières…
Le Victor Novak de la magie
Il y a plusieurs trucs qui me manquent dans les productions animées récentes. Par exemple, j’aimerais retrouver des adaptations “longues”, comme ce fut le cas dans les années 90 pour des séries comme Dragon Ball Z, Ranma 1/2, ou même Nicky Larson, qui ont chacun eu droit à des séries hebdomadaires de 150 épisodes (ou plus) qui se permettaient d’ajouter du contenu au besoin3.
Mais surtout, j’aimerais retrouver des séries animées capables de parler aux enfants de tous âges de choses sérieuses, voire graves, sans les prendre pour des imbéciles. Et bien figurez-vous que malgré son apparence girly pink bon enfant, Magical DoReMi fait tout cela.
La série commence d’une manière très classique pour quiconque a déjà approché le genre du magical girl: Doremi, une écolière de 9 ans, obtient d’une créature magique les pouvoirs d’une apprentie sorcière, qu’elle devra garder secrets, mais utilisera pour changer le monde autour d’elle. En adaptant un peu ce pitch, vous pouvez facilement visualiser votre série préférée. Ce n’est pas une tare, ni un problème: beaucoup de séries animées partent d’un socle commun pour tisser leur propre histoire et développer leurs propres thèmes.
Le gros thème de Doremi, le personnage et la série, c’est l’amour. Pas au sens sentimental, mais l’amour de l’autre, le soin d’autrui: l’empathie. Même si l’on suit principalement Doremi et son groupe d’amies apprenties sorcières, dans des aventures à base de magie, le gros de la série viendra de ses personnages secondaires: tous les camarades de classe de Doremi ont un nom, une histoire, une personnalité, et des soucis, à résoudre, ou pas.
J’avais déjà parlé de mon amour pour Patlabor et ses aventures sans robots, et on retrouve souvent des procédés similaires ici: la magie ne sera qu’un “coup de pouce” pour résoudre le problème du jour, voire ne sera pas utilisée car il n’y aura pas de “problème” à résoudre, et l’on découvrira juste que sortis de la salle de classe, tous ces enfants ont des vies différentes et des questions sur l’avenir qui le sont tout autant.
Sans entrer dans l’exhaustivité (ou la dureté!) de situations auxquelles sont confrontés Max et Lili, on retrouve une approche similaire: des parents divorcent, des enfants aident leurs parents au restaurant familial, certains ont du mal à se faire des amis, certaines ont du mal avec leur corps qui change,… Il n’y a pas toujours de “réponse” apportée, chaque personnage trouvant “sa” réponse, et Doremi et ses amies n’étant que les témoins (et soutiens!) de ces moments.
La petite fille la plus gentille du monde
Quand la série commence, Doremi est présentée comme une gamine un peu peste, goinfre, cancre, constamment en conflit avec sa soeur, coeur d’artichaut, voire presque égoïste, avec toujours cette catchphrase: “Je suis la petite fille la plus malheureuse du monde”. C’est un portrait qui se brise très vite, même si elle reste une enfant à qui l’on accorde des pouvoirs bien trop importants, dès le premier épisode, elle révèle le fond de sa personnalité: elle veut aider les gens autour d’elle.
C’est un trait de caractère qui ne fait que se confirmer avec l’avancée de la série, mais d’une manière qui surpasse l’abnégation dont font déjà preuve toutes les gentilles magical girls4: la distinction est assez ténue, mais Doremi n’est pas juste une “donneuse”, et l’on sent vraiment son désir d’écouter et comprendre autrui. C’est aussi très surprenant de voir la place qu’elle occupe peu à peu au sein de sa classe: si elle démarre la série en donnant l’impression de n’avoir qu’une amie, petit à petit, elle devient l’espèce de point de référence, et elle est celle que tous ses camarades viendront voir pour parler, et appeler leur amie.
Par une pirouette scénaristique (assez incroyable), la série termine son intrigue “sorcière” par la révélation que dès sa plus tendre enfance, Doremi portait déjà en elle l’amour d’autrui, et pourrait donc résoudre tous les problèmes des sorcières. Ce n’est pas tant mauvais, et toutes les intrigues et questions liées aux sorcières ont du sens, tant elles traitent, de manière sous-jacente, du rapport à autrui, des questions sur l’avenir que l’on se choisit5,… mais après 201 épisodes, tout ce pan de l’intrigue m’apparaît comme une excuse.
Je repense à une réplique de Spectacular Spider-Man v2 #27:
You were always going to be be someone like Spider-Man, with or without powers.
That’s the way you were headed.
— Spectacular Spider-Man v2 #27, écrit par Paul Jenkins
Il y a quelque chose de tout aussi fort ici: ce n’est pas la magie qui a rendu Doremi meilleure, elle avait déjà cette personnalité, et la magie et les histoires de sorcières n’ont été qu’un enrobage pour donner une intrigue continue à la série, et la terminer lorsque nos héroïnes quitteraient l’école primaire pour entrer au collège6. Un postulat très amusant étant donné qu’à la fin de chaque saison, une excuse scénaristique ôtait les pouvoirs à nos héroïnes, pour qu’elles en récupèrent de nouveaux à la saison d’après.
En 2011, huit ans après la diffusion du dernier épisode, une suite en romans est sortie, intitulée “Ojamajo Doremi 16”, indiquant l’âge de l’héroïne, ainsi que son entrée au lycée. Ces romans ont connu plusieurs suites: “17”, “18”, “19”, et enfin “20’s”, pour décrire les nouvelles péripéties magiques (quand je vous disais qu’elles retrouvaient TOUJOURS leurs pouvoirs!), pour une conclusion dans laquelle Doremi décroche apparemment le job le plus adapté à sa personnalité. Je ne spoilerai rien: les mésaventures et la gentillesse de Doremi sont une aventure que j’encourage chacun à découvrir par soi-même, avec des enfants si possible.
Quand on part étudier à l’autre bout de la France, on ne prend pas l’abonnement CanalSat’ avec soi… ↩︎
Mais bon, on parle d’un épisode réalisé par Mamoru Hosoda! ↩︎
Aujourd’hui, il ne reste que One Piece qui est un cas à part, et jusqu’à il y a peu, on avait Black Clover qui était un peu le dernier rejeton du Jump à avoir eu droit à ce traitement. ↩︎
Je sais pas si vous avez déjà lu Cardcaptor Sakura, mais chez les CLAMP, le “Je te donne tout” c’est une marque de fabrique! ↩︎
Et aussi…de la difficulté à s’aimer lorsque l’on vieillit à des vitesses différentes, un thème que Mamoru Hosoda explorera dans La Traversée du temps, son second meilleur film. ↩︎
Si en France l’éducation primaire du cinq ans, elle en dure six au Japon, nos héroïnes commencent donc le collège un an après les élèves français. ↩︎
