📺 Scrapped Princess
Depuis “L’allégorie de la Caverne”, jusqu’aux journaux à sensations qui titrent régulièrement “Untel pense que l’on vit dans une simulation”, en passant par Matrix, le mythe de l’homme qui arrive à voir le monde réel par-delà la caverne est tenace en fiction. Dans la fiction Japonaise, une variante y est souvent racontée: celle de protagoniste évoluant dans une civilisation peu avancée technologiquement, qui vivent en réalité dans le contexte d’une civilisation plus moderne.
Par exemple, après deux premiers épisodes très ancrés dans le futur, l’exploration spatiale, des étoiles,… le troisième épisode de la série Phantasy Star1 démarre dans un monde médiéval-fantastique très classique pour le genre, mais révèle vite que les “caves” sont les coursives d’un vaisseau et que tout ce petit monde féodal repose en réalité dans un vaisseau spatial qui traverse l’univers… Beaucoup d’autres jeux emploient ce mécanisme, en le mariant parfois à la civilisation avancée et disparue dont la destruction a ramené le monde à l’age du fer, mais dont les règles sont toujours en vigueur, faisant de la magie une technologie incompréhensible par les protagonistes2.
La série animée Scrapped Princess, très populaire à sa sortie en 2003, est l’une des plus proéminentes que je connaisse à reposer sur ces principes.
“Tu es un élément scénaristique, Harry”
Lorsque la série commence, on rencontre Pacifica Casull, accompagnée de son frère Shannon3 et sa soeur Raquel. Ce trio se balade sur les routes comme une troupe de jeux de rôles, avec pour seule ombre au tableau, la cible posée sur la tête de Pacifica à sa naissance, le destin ayant décidé qu’elle serait “porteuse de la calamité qui détruira le monde”.
La première moitié de la série sert uniquement à croiser des ennemis de la semaine, qui rappelleront que l’existence de Pacifica est un mal pour l’humanité, avant d’être éconduits par Shannon et Raquel, car notre héroïne, dans un stéréotype trop classique, est juste une capricieuse qui ne fout rien. A partir de là, je me demande vraiment ce qui a rendu la série populaire à l’époque, tant il m’a été impossible de supporter l’héroïne. Une héroïne chiante n’est pas vraiment un problème, Haruhi4 l’a prouvé, mais là…il manque quelque chose d’intéressant qui me donne envie de croire à ce personnage, et je me demande si le (très mauvais dans sa globalité) doublage français a pesé dans la balance, ou si vraiment le personnage n’a rien de plus à raconter que “j’existe pour le scénario”.
Océan d’étoiles fantaisistes
Vers sa seconde moitié, la série passe totalement dans la science-fiction: les divers sorts de magie sont des technologies, les “dragons” et autres “esprits” sont des anciennes créations humaines, et tout leurs univers se trouve en réalité limité à une cage dorée construite par des aliens.
La manière dont toutes ces entités supérieures décident d’épauler ou d’affronter nos héros est vraiment arbitraire: tandis que certains, responsables de la religion mondiale, ont marqué Pacifica comme l’antéchrist à abattre, Shannon gagnera un “Dragon” qui l’aidera à combattre à armes égales, et mener Pacifica à sa destinée réelle: libérer le monde, sans que rien n’ait vraiment de sens ou d’importance. Au final, même la libération manque de saveur: la destinée est accomplie mais pas vraiment, l’entité que Pacifica devait empêcher de nuire lui propose de faire la paix de bonne foi, et une fois que la poussière se dissipe, rien n’a vraiment changé: notre trio vit toujours la même vie, et même la relation entre Pacifica et Shannon (que n’importe qui apprenant qu’ils ne sont que frère et soeur adoptifs devrait vite deviner) ne va pas vraiment loin.
La série est “passée”, et j’ai l’impression que rien n’est vraiment arrivé: la révélation futuriste et ses conséquences sont à peine évoquées, les personnages restent aux mêmes points, avec même un qui apparaît pendant deux épisodes pour que l’on s’attache à lui avant qu’il ne se sacrifie (le seul mort de la série!), que son sacrifice soit inutile, et qu’il soit oublié l’épisode d’après (une petite amnésie bien placée). De la même manière, si je n’écrivais pas cet article, je pense que mon visionnage a été inutile, et que je l’oublierais d’ici peu…
La série Phantasy Star est une saga de jeux de rôles de SEGA démarrée en 1987 et ayant pour cadre l’espace. ↩︎
Comme le dit la troisième loi de Clarke: “Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie.”. ↩︎
Bien que récemment majoritairement porté par des femmes, le prénom Shannon vient du prénom Irlandais Sionainn et était aussi porté par les hommes il y a encore 150 ans. Contrairement à un célèbre personnage d'animes qui vit mal son prénom non-genré, ceci n’est jamais relevé dans la série. ↩︎
L’héroïne de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya est une excentrique qui aime à forcer les gens à suivre ses plans. ↩︎
