đș Ghost in the Shell: Stand Alone Complex
Avec la sortie rĂ©cente de la sĂ©rie tĂ©lĂ© Ghost in the Shell, beaucoup dâinternautes ont dĂ©couvert la vision originale de cette oeuvre, ce qui a donnĂ© lieu Ă des rĂ©actions surprises, dont une mâa beaucoup fait rire: elle dĂ©clarait Ă peu prĂšs que Shirow avait juste dessinĂ© un manga amateur, crasse et Ă©rotique, et que Oshii le lui avait empruntĂ© pour en faire un chef-dâoeuvre du cyberpunk en y insĂ©rant ses propres nĂ©vroses1.
Ce qui nâest pas totalement faux: Ghost in the Shell, le manga, nâeffleure jamais la profondeur de son adaptation animĂ©e. Ce nâest pas un dĂ©faut, et ça nâen fait pas un mauvais manga, MAIS, ce sont deux lectures vraiment diffĂ©rentes.
Ce qui Ă©tonne donc quand cette sĂ©rie, intitulĂ©e Stand Alone Complex, arrive sur les Ă©crans japonais en 2002, proposant une direction nouvelleâŠmais pas trop.
Je marche seul
Ne voulant pas continuer le film, cette sĂ©rie (dont jâignore la genĂšse) prend le parti de reprendre le contexte posĂ© par le manga pour raconter des histoires dans lesquelles elle aura plus de libertĂ©s de crĂ©ation. Ainsi, on retrouve tous les membres de la Section 9: le Major Motoko Kusanagi, son fidĂšle second Batou, Togusa le flic bien intentionnĂ© et Ă la morale sans faille, et des membres plus obscurs qui nâavaient pas eu beaucoup de temps dâĂ©cran jusque-lĂ .
Câest le plus gros gain du passage au format de sĂ©rie TV: on peut respirer, prendre son temps, apprendre Ă se connaĂźtre,⊠et Ă vivre plusieurs enquĂȘtes. Il y a bien sĂ»r, une enquĂȘte principale, qui sera la toile de fond de toute la saison, mais certains Ă©pisodes2 pourront respirer et juste nous parler de ce monde Ă©trange et futuriste.
Câest peut-ĂȘtre ce qui mâa le plus dĂ©paysĂ© ici: tandis que je suivais depuis quelques temps les aventures d'Antoine Daniel sur Cyberpunk 2077, jâai beau apprĂ©cier ces univers, je reste incapable de consentir Ă suspendre mon incrĂ©dulitĂ©, je suis incapable de croire aux personnes qui vivent lĂ , ni mĂȘme de croire quâils puissent rĂȘver dâun avenir, ou mĂȘme quâun quelconque avenir existe pour qui que ce soit.
Câest encore plus fort avec le GITS 1995: au-delĂ de la quĂȘte dâidentitĂ© et dâhumanitĂ© de la Major, vraiment, qui se fout du Puppet Master et de son intrigue? Quâil soit aux mains de la Section 6, des AmĂ©ricains, ou quâil soit libre, il nây a aucune diffĂ©rence ni dâenjeu pour le spectateur, si ce nâest la conscience professionnelle de la Major. Au-delĂ de ça, il nây a rien, pas de consĂ©quences, rien qui ne me fasse penser âMon dieu! Si une puissance Ă©trangĂšre met la main sur le Puppet Master, cette petite fille innocente et sa maman vont mourir!â et mâaccrocher Ă mon siĂšge avec anticipationâŠ
On vit dans une saucisse
Cette sĂ©rie change ça, enfin! On voit donc Togusa, le dernier âhumainâ du groupe rentrer chez lui voir sa femme et sa fille, on voit mĂȘme des citoyens vaquer Ă leurs occupations, on les Ă©coute, on leur parle,⊠On a enfin lâimpression que des gens vivent et existent dans cet univers, et quâil faut donc le protĂ©ger.
Tout ce contexte humain permet Ă la sĂ©rie de tenter de dĂ©velopper sa propre philosophie, avec notamment le concept de âStand Alone Complexâ, une idĂ©e assez intĂ©ressante sur le mimĂ©tisme social et la maniĂšre dont certaines idĂ©es et actions sont rĂ©pliquĂ©es dans nos sociĂ©tĂ©s ultra-connectĂ©es. Ăa dĂ©borde un peu sur les idĂ©es de MGS2, et ça prĂ©figure le futur Psycho-Pass, mais ça reste trĂšs intĂ©ressant.
Bien sur, il reste toujours les intrigues politiques classiques de la Section 9, et il y a toujours un sĂ©nateur, ou autre Ă©lu bien placĂ©, qui a besoin de dĂ©savouer nos hĂ©ros pour prendre le pouvoir lui-mĂȘme, et tant quâĂ faire assurer le silence sur ses crimes. Heureusement, cette partie de lâintrigue est mieux liĂ©e Ă lâintrigue et Ă ses enjeux, le spectateur Ă©tant cette fois informĂ© des consĂ©quences quâont ces dĂ©cisions sur la population.
Lâattrape-seigle
En plus de ses propres dĂ©veloppements philosophiques, la sĂ©rie ne se prive pas pour citer dâautres oeuvres: L'Attrape-cĆurs, Ă bout de souffle,⊠en faisant une sĂ©rie trĂšs documentĂ©e et capable de rĂ©compenser lâintelligence du spectateur. Malheureusement, parmi ces influences, on retrouve aussiâŠsa propre franchise. Et câest peut-ĂȘtre le gros Ă©chec de la sĂ©rie: malgrĂ© toutes ses tentatives pour proposer sa propre lecture, la sĂ©rie se sent parfois obligĂ©e de se citer. On retrouve donc une scĂšne oĂč la Major ironise sur ses rĂšgles3, une autre au dynamisme totalement MOU qui veut imiter la CULTISSIME fusillade d'intro du film sans jamais y arriver, et jâai comptĂ© au moins DEUX scĂšnes oĂč la Major nous gratifie dâune chute libre au milieu de la ville, mĂȘme plan, mĂȘme angle,âŠ
Câest trĂšs gĂȘnant quand on les remarque: la sĂ©rie sâen tirait trĂšs bien sans, et leur intĂ©gration rend la chose trĂšs caduque, donnant mĂȘme lâimpression quâil a fallu forcer leur prĂ©sence afin dâapporter du fanservice que personne nâavait demandĂ©, et dont personne nâavait besoin, tant la sĂ©rie avait Ă©tĂ© capable de proposer mieuxâŠ
Câest un peu Ă ces moments-lĂ que la sĂ©rie se perd: si la saison 2 est encore trĂšs intĂ©ressante dans son propos4, câest au moment de la suite en film (intitulĂ© âSolid State Societyâ) que je lĂąche prise. Si lĂ encore on est sur un mĂ©lange de technologie et de faits de sociĂ©tĂ©s typiquement japonais, on recycle le Puppet Master en Puppeteer, et une bonne moitiĂ© du film est perdue Ă se demander si la Major, qui a disparu entre la fin de la sĂ©rie et le film, est toujours du bon cĂŽtĂ© de la justice. Vraiment? Cette femme que seule la conscience professionnelle anime pourrait ĂȘtre une traitre? Qui peut y croire?
En 2020, aprĂšs quinze ans de sommeil, câest Netflix qui cherchera Ă faire revivre cet univers, avec 24 Ă©pisodes de Ghost in the Shell: SAC 2045, dont la qualitĂ© plus que mĂ©diocre (et la continuitĂ© cheloue, ou les nouveaux personnages dĂ©nuĂ©s de personnalitĂ©) nâa convaincu personne.
Je ne sais pas encore si je vais regarder la rĂ©cente adaptation animĂ©e du manga par Science SARU. MĂȘme si tout le monde loue son animation, je dois admettre que le manga nâa jamais Ă©tĂ© ma mouture prĂ©fĂ©rĂ©e: jâaime mon Ghost quand il me fait rĂ©flĂ©chir, quand il me propose des idĂ©es,⊠Et pour ça, il y avait le film, et maintenant, il y a Stand Alone Complex.
Ce qui nâest pas neuf, il a commencĂ© en 1984 avec son film adaptĂ© de Lamu! ↩︎
IntitulĂ©s des âStand Aloneâ, tandis que ceux portant sur lâintrigue de la saison seront des âComplexâ. ↩︎
Une rĂ©fĂ©rence que nous avions perdu dans la VF et que jâai appris grĂące Ă la review de ViCklatereur. ↩︎
Sâarticulant cette fois sur deux intrigues dans les Ă©pisodes âIndividualâ et âDualâ, tandis les Ă©pisodes autonomes sont appelĂ©s âDividualâ. ↩︎
