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đŸ“ș Yu-Gi-Oh! GX

Parvenue chez nous dans sa version charcutĂ©e par 4kids, la sĂ©rie animĂ©e qui adaptait le manga Yu-Gi-Oh! a eu un certain succĂšs en France lors de sa diffusion. Le manga ne prĂ©voyait pas vraiment de suite, alors les suites se sont faites sous forme de sĂ©ries animĂ©es, et Yu-Gi-Oh! DMX1 a vu le jour, suivi par une sĂ©rie de jeux de cartes sur des motos, et d’autres encore
 Oui, c’est assez fou.

Les jeux de cartes, c’est important

La sĂ©rie animĂ©e originale2 avait un parcours assez Ă©trange, comme le manga qu’elle adaptait, mais dont elle voulait aussi se dĂ©marquer. Revenons au manga3: on Ă©tait Ă  l’origine sur des histoires de “jeux”, et pas juste de “jeux de cartes”. Le principe Ă©tait que Yugi Muto, notre hĂ©ros, se retrouvait parfois possĂ©dĂ© par l’esprit d’un pharaon millĂ©naire, et participait Ă  des jeux trĂšs dangereux, et parfois mortels. Un pitch trĂšs okay pour le Shonen Jump qui, comme beaucoup de sĂ©ries qui y sont publiĂ©es, a Ă©tĂ© dĂ©passĂ© par son propre succĂšs le jour oĂč il a insĂ©rĂ© Ă  l’histoire un jeu de cartes Ă  peu prĂšs inspirĂ© de Magic, devenant alors une machine Ă  fric pour Konami. Face Ă  un tel succĂšs, on a vite oubliĂ© les petits jeux de mort, qui n’étaient bons qu’à faire frĂ©mir les gonzesses, et toute l’intrigue s’est reposĂ©e sur le jeu de cartes, qui pouvait profiter des intrigues du manga pour dĂ©velopper de nouvelles collections de cartes, et puis de temps en temps, des jeux de plateaux Ă  base de monstres et de dĂ©s.

Donc, dĂšs qu’il a fallu ajouter du contenu Ă  la sĂ©rie, que ce soit par des Ă©pisodes filler non-canons, ou pour une suite, la recette a toujours Ă©tĂ© la mĂȘme: faut vendre des cartes.

C’est ainsi qu’arrive Yu-Gi-Oh! DMX sur les Ă©crans. Je ne suis vraiment pas fan de son pitch de dĂ©part: Kaiba a ouvert une Ă©cole de duel de cartes sur une Ăźle, oĂč les Ă©lĂšves sont sĂ©parĂ©s en niveaux4. Y arrive le jeune Jaden Yuki, notre hĂ©ros, qui a croisĂ© Yugi le premier jour de cours et a reçu de sa part une carte (assez moyenne) qui lui servira de carte fĂ©tiche, d’avatar, d’esprit des cartes,


Ce n’est pas forcĂ©ment fou dit comme ça, mais croyez-le ou non, pendant quatre saisons, l’avenir du monde se dĂ©cidera sur cette Ăźle, et au sein de cette acadĂ©mie.

Rien ne se perd, tout se transforme

MĂȘme si je ne suis pas totalement fan de ce postulat de base, je reste assez satisfait tant la formule sait se diffĂ©rencier de l’anime original. Pour l’avoir revue il y a peu, on n’arrĂȘte pas de courir! On commence par le Royaume des Duellistes, puis Battle City, puis l’arc des dragons de l’Atlantide,
 En fait, quoi qu’il se passe, on est (presque) toujours sous l’égide d’un plus grand problĂšme Ă  rĂ©soudre et qui dicte vraiment l’ambiance du moment.

Ici
on se repose. MĂȘme si la sĂ©rie a elle aussi des arcs scĂ©naristiques bien dĂ©coupĂ©s, pendant ses deux premiĂšres saisons, le fait de rester Ă  l’acadĂ©mie pour y enchainer les duels, fait relativiser quand Ă  la gravitĂ© de la situation. Les duels sont d’ailleurs beaucoup plus relaxĂ©s aussi: la sĂ©rie originale se permettait parfois des duels capables de durer de trois Ă  cinq Ă©pisodes, mais lĂ , aucun duel ne dĂ©passe les deux Ă©pisodes, et seuls certains duels de fin de sĂ©rie vont jusqu’à trois Ă©pisodes.

C’est peut-ĂȘtre aussi un effet de l’accumulation de personnages duellistes dans le cast: seuls deux personnages principaux jouaient aux cartes dans la premiĂšre sĂ©rie, mais lĂ  on a jusqu’à SIX personnages principaux capables de mener des duels, ce qui tend parfois Ă  diluer les responsabilitĂ©s et les enjeux.

Cette extension du cast mĂšne aussi Ă  un changement assez intĂ©ressant: l’intrigue liĂ©e Ă  la dualitĂ© entre Yugi et l’esprit du pharaon qui habite son corps n’a pas d’équivalence ici, le plus proche Ă©tant les quelques courtes conversations entre Jaden et l’esprit de certaines de ses cartes, et j’apprĂ©cie que la sĂ©rie soit capable de suivre sa propre voie.

Croire en l’ñme des cartes

L’absence d’esprit du pharaon n’empĂȘche pas la sĂ©rie de baigner totalement dans le fantastique, d’une maniĂšre qui m’a parue trĂšs Ă©trange, tant le sujet est abordĂ© frontalement, et constamment: on sait qu’il y a des forces malĂ©fiques Ă  l’oeuvre, on sait que l’esprit de certaines cartes est “vivant”,
 Mais cela rend aussi le sujet totalement “banal”, et participe peut-ĂȘtre aussi Ă  cette relative “tranquillitĂ©â€ qui berce l’oeuvre


Les scĂ©naristes semblent l’avoir compris, car aprĂšs deux saisons passĂ©es sur une Ăźle, Ă  essayer divers trucs, la troisiĂšme saison tente un truc inĂ©dit dans la franchise et totalement fou. Tellement fou que ma premiĂšre rĂ©action a Ă©tĂ© de l’associer Ă  ce qui en Ă©tait pour moi le plus proche: la seconde partie de Digimon Tamers, oĂč aprĂšs 26 Ă©pisodes Ă  chiller Ă  Shibuya, tous nos hĂ©ros font un trip dans le monde digital pour dĂ©couvrir d’oĂč viennent leurs hĂ©ros, et affrontent des horreurs eldritchiennes. C’est exactement ce qui va se passer ici, c’est parfois trĂšs dur, et non, j’ai vĂ©rifiĂ©, Chiaki J. Konaka n’est pas au scĂ©nario de Yu-Gi-Oh! GX.

MĂȘme si l’aspect bancal du scĂ©nario et de son dĂ©roulement suinte Ă  chaque Ă©pisode, c’est peut-ĂȘtre la partie la plus intĂ©ressante de la sĂ©rie, en termes de thĂšmes ou d’enjeux, mais c’est aussi l’aveu d’échec de la sĂ©rie: pour toutes ses tentatives (fructueuses ou non) de se dĂ©marquer, elle se trouve dĂ©sormais dans une situation oĂč elle doit reprendre ce qui faisait la particularitĂ© de son modĂšle: elle donne Ă  Jaden une seconde personnalitĂ© qui habitera son esprit


C’est Ă  ce moment-lĂ , en fin de troisiĂšme saison, que 4Kids a cessĂ© d’adapter/charcuter/doubler la sĂ©rie, zappant totalement la quatriĂšme saison, et laissant l’intrigue dans une espĂšce de queue de poisson, ce qui ne m’a pas gĂȘnĂ© outre mesure. Au bout d’un moment, les duels manquaient de punch, d’enjeux, et les tentatives de rendre la sĂ©rie darker and edgier n’ont pas vraiment fonctionnĂ© sur moi. Ça reste sympathique, mais il manque toujours un truc, un morceau, une espĂšce de force, un thĂšme,
 Ce n’est pas problĂ©matique, et ça n’empĂȘche pas la sĂ©rie d’ĂȘtre apprĂ©ciable, mais ça l’empĂȘche d’ĂȘtre aussi inoubliable que son modĂšle.


  1. Si vous avez aimĂ© la sĂ©rie originale, je ne peux que vous encourager Ă  regarder la sĂ©rie abrĂ©gĂ©e. ↩︎

  2. Techniquement, celle que vous connaissez est la SECONDE sĂ©rie animĂ©e. ↩︎

  3. Qui ressort d’ailleurs en Édition Millenium chez l’éditeur Kana, une Ă©dition de qualitĂ©! ↩︎

  4. Pour coller encore plus Ă  la mesquinerie de Kaiba, le meilleur niveau, Bleu ObĂ©lisque est celui de la carte de dieu Ă©gyptien qui lui Ă©tait associĂ©e, tandis que le niveau le plus bas, Rouge Slifer, correspond Ă  la carte qui Ă©tait associĂ©e Ă  Yugi. ↩︎

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