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📺 Lupin III Part IV: L'Aventure Italienne

Pendant longtemps, à cause des ayants droits de Maurice Leblanc, les aventures du plus célèbre gentleman-cambrioleur japonais nous sont arrivées sous des appellations étranges. Les américains ont eu droit à Wolf, et nous à Vidocq 4, avant que Edgar de la Cambriole ne prenne le dessus. Et puis enfin, les droits ont expiré, ce qui arrive pile à temps pour cette quatrième partie, qui arrive 35 ans après la précédente: notre héros et ses acolytes vont pouvoir profiter de leurs noms originaux.

Et surtout, cette fois, finies les aventures un peu partout autour du monde, et dans d’autres lieux indéfinis géographiquement qui ne servent que de décors appropriés à chaque aventure: notre héros va s’emparer de vos valeurs1 en Italie!

Pizzas, klaxons et spaghetti

Depuis sa création en 1967 par Monkey Punch, Lupin, troisième du nom, est français de par sa descendance avec Arsène Lupin, et pourtant, il a toujours eu une personnalité résolument italienne: il conduit une Fiat 500, il aime la bonne bouffe, il aime ne rien faire, il aime les femmes, il aime flamber, il a la tchatche,… Plus exactement, on pourrait dire qu’il est méditerranéen, mais il correspond tellement au zeitgeist culturel italien qu’il y est devenu très populaire. Un succès qui explique sûrement pourquoi TMS a décidé de placer toute l’action de cette série dans cette région.

On sent de suite le changement, et ça fait du bien: Lupin et ses potes volent des euros, des toiles de maîtres européens, visitent des lieux réels et célèbres,… La série gagne en modernité et c’est très agréable tant les précédentes séries, même si cela fait partie de leur charme, semblaient toutes exister dans des mondes fictifs et déconnectés de la réalité.

Antipasti tutti quanti

Dès la diffusion du premier épisode à la télévision japonaise, j’ai vite été pris dans l’ambiance de la série et de son pitch: notre gentleman-cambrioleur se rendait à Saint-Marin2 pour épouser Rebecca, riche héritière d’une famille locale. Bien sûr, on connaît le vieux roublard, on l’a déjà vu tenter cette arnaque au moins une fois, et l’on se doute bien qu’il veut profiter de la cérémonie pour voler quelconque babiole, mais il y a ici un twist: c’est Rebecca, fraîchement rebaptisée “Madame Lupin” qui s’empare de la babiole.

Depuis sa création, si Lupin avait accumulé les conquêtes, le seul personnage féminin récurrent était Fujiko, une femme fatale dont le trait le plus fidèle était sa capacité à trahir notre héros: une sorte d’amour qui peut n’exister qu’entre cambrioleurs, pour qui seule compte l’idée d’accumuler des cambriolages et de s’amuser en les faisant. C’est aussi la mentalité de Rebecca, mais elle arrive à y apporter une mentalité totalement différente: c’est une civile, star de cinéma, top model,… Elle apporte une énergie féminine résolument plus jeune, plus moderne, sans jamais invalider la féminité exprimée par Fujiko: même lorsque les deux femmes se retrouvent en opposition3, elles arrivent à s’opposer sans tomber dans le cliché sexiste du crêpage de chignons.

Vespa et débardeur

Malheureusement, tout ce que Rebecca apporte à la série disparaît assez vite: pour la première fois, une série Lupin III tourne autour d’un fil rouge, et celui-ci n’est pas un cambriolage mais…le retour à la vie du plus célèbre inventeur italien. C’est pas catastrophique, mais vraiment, ce n’est pas ce que j’attends d’une série Lupin III: je veux des cambriolages de haut vol, je veux des arnaques, je veux des double-jeux, je veux des retournements de situation,…

Là, on retrouve donc Lupin aux prises avec de Vinci, le MI6,… C’est vraiment dommage car ça occupe un bon tiers de la série. Pire encore, ces éléments, à force d’exploration, s’avèrent être liés à Rebecca et se font au détriment de toute la personnalité et la force qui la caractérisaient jusqu’alors: lorsque la série se termine, il s’avère qu’elle était dans toutes ces aventures pour les beaux yeux d’un mec, et qu’en fait, elle n’est pas aussi forte que les autres. Décevant.

Ma che bella l’aventure

Et pourtant, si l’on n’est pas (contrairement à moi!) super-fan de Rebecca, on sera en terrain connu: on assistera à des vols, des mensonges, des bluffs fous, des poursuites en bagnole, des gunfights,… Même les compères de toujours, Jigen et Goemon, auront droit à des épisodes solo où ils pourront montrer toutes leurs spécificités dans des aventures taillées sur mesure pour eux. À noter aussi un épisode totalement fou de mind game entre Lupin et l’inspecteur Zenigata, qui part d’une idée très intéressante4 et mènera à l’une de ses plus spectaculaires évasions…

Il y a quelque chose qui sent l’avorté dans cette série: Rebecca est présentée comme une addition permanente au cast, mais en pratique, elle aura le même parcours que Clarisse. Et pourtant, malgré cela, impossible de ne pas aimer cette aventure italienne tant la personnalité de tous ces personnages est appréciable. Alors, comme tout bon méditerranéen, je n’y réfléchis pas trop, je m’en ressers un verre, et je profite de tout ce soleil.


  1. Mais contrairement à son aïeul, il n’hésitera pas à vous menacer d’une arme. ↩︎

  2. Surprise lors de mon visionnage cette année: j’ai découvert que cette ville existait, et qu’elle était la capitale du micro-état du même nom! ↩︎

  3. Pour la babiole du jour, plutôt que pour Lupin! ↩︎

  4. Une fois arrêté en Italie, Lupin reste emprisonné dans ce pays, celui-ci refusant l’extradition vers des pays pratiquant la peine de mort. ↩︎

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