🎮 Mega Man Battle Network
La Game Boy Advance est une sorte de console de coeur pour moi. N’ayant pas eu de console avant une génération ultérieure, seule l’ émulation me permettait de jouer à des jeux sur consoles. En général, vu la performance, je ne pouvais jouer correctement qu’à des consoles dépassées, et mon dévolu s’était porté sur la Super Nintendo. Mais surtout, en 2001, alors que la portable de Nintendo venait à peine de sortir, un émulateur était déjà disponible pour la console1!
Malheureusement, sur un Pentium II, même avec la meilleure volonté du monde, il était impossible de faire tourner ces jeux à une vitesse correcte. Mais l’un d’eux avait attiré mon attention: jeu de lancement au Japon, et troisième jeu de la console à être dumpé en ROM, il faudrait attendre huit mois de plus pour que sorte une version jouable en anglais, et que je puisse y jouer à seulement quelques images par seconde avant de laisser tomber.
Mais j’ai beaucoup d’amour pour la franchise Mega Man. Je l’ai découverte avec les cinq épisodes sortis sur Super Nintendo, et le concept de la série à base de “saute à travers ce niveau, bute ce boss, gagne son pouvoir, puis va t’en servir pour péter un autre boss (sur qui ce pouvoir aura des effets critiques)” était toujours sympa à re-découvrir. Alors j’avais envie de découvrir cette nouvelle série…
Branche-toi!
Il y a un meme que j’aime bien et qui ironise sur l’idée que les jeux vidéo sont soit des jeux de menu, soit des jeux de parkour. L’idée est qu’un jeu nécessitera soit d’effectuer des actions dans un ordre précis (“menu”), soit d’accomplir des actions dans un timing précis (“parkour”). Et bien figurez-vous que ce changement de série illustre totalement ce meme!
Dans la série originale, puis sa série dérivée Mega Man X, le gameplay est exigeant: le personnage a un saut…pitoyable, beaucoup d’obstacles détruisent votre robot si vous avez le malheur de les toucher, et les boss ont des patterns impitoyables. Il faut donc être prêt à torturer sa manette pour maîtriser la suite de l’aventure.
Dans Mega Man Battle Network, on oublie tout ça. De l’univers cyberpunk défaitiste de la seconde série, on est à présent dans une espèce de futur utopique parfait: tout le monde a un ordi virtuel portable (un PET) habité par un assistant IA personnel (un NetNavi), on se balade dans les réseaux informatiques à la manière de ceux décrits dans le film Tron, tout est connecté, et des criminels peuvent se connecter au four de votre cuisine, à la sécurité de l’école de vos enfants, à la centrale d’épuration d’eau, ou aux feux de croisement du quartier d’à côté,…
Pour y parer, pas d’antivirus, pas vraiment de pare-feux efficaces, pas de “débranchez votre device du réseau”,… La solution, c’est de brancher son PET et d’envoyer son NetNavi se battre.
Entre en scène notre héros, Lan Hikari, onze ans, un écolier dont le compagnon NetNavi est MegaMan.EXE. Le fait que son père ait inventé ces technologies2 explique sûrement cette spécificité, et sa capacité à devenir le NetNavi le plus fort…
Avez-vous déjà vu…?
Ainsi, s’inspirant des robots de la série originale, la NetNavi de son amie d’enfance est Roll.EXE3, tandis que ses camarades de classe ont GutsMan.EXE et Glide.EXE. Lorsque je pense à ces robots aux designs renouvelés, je fais deux parallèles. D’une part, Pokémon, pour cet effet de “collection”, à vouloir retrouver les bêtes/robots que l’on connaît. D’autre part, les univers Ultimate de Marvel et Absolute de DC: ces deux univers réinventent des personnages et concepts très connus des comics de super-héros, pour leur donner une nouvelle vie, un nouveau sens,… Je ressens encore plus fortement le rapport avec l’univers Absolute: le mois dernier, Absolute Batman a enfin introduit sa version du personnage de Robin, un évènement fortement attendu par les lecteurs qui voulaient découvrir la nouvelle vision de ce personnage emblématique de la mythologie de Batman.
Et bien figurez-vous que le même phénomène est à l’oeuvre ici: avant même de jouer à ce jeu, j’avais déjà admiré le design de ProtoMan.EXE, nouvelle version de Proto Man, et je cherchais des images de Bass.EXE, nouvelle version du rival cool, et surtout, de Zero.EXE, qui serait l’évolution logique du robot le plus cool du monde4.
Bien sûr, tous ne sont pas disponibles dès ce premier jeu. Et les suites vont même user du principe de Pokémon: un seul jeu, mais deux cartouches différentes…
Des menus dans des cases
Même en 2026, sur un Macbook Pro totalement pimpé, capable de faire tourner Death Stranding en 4K, le jeu reste lent. On oublie les plate-formes, désormais, on est dans un RPG, en vue isométrique. Et c’est l’enfer: les déplacements sont lents, et les “donjons” sont des espèces de labyrinthes peu inspirés, à l’esthétique répétitive où il sera facile de se perdre sans carte, sans parler d’une fréquence de combats aléatoires très élevée et très fatigante.
Mais avant que l’agacement ne s’empare de moi, et que je ne cherche des cheats pour one-shot tout ce qui bouge, il s’avère que le système de combat est totalement novateur, et très sympa à prendre en main.
Lorsqu’un combat s’engage, MegaMan.EXE et le(s) ennemis se retrouvent sur une grille: trois lignes, six colonnes. Les trois de gauche sont votre camp, et les trois de droite sont celles du camp adverse. Chacun peut se déplacer à volonté et sans limites sur les cases de son camp afin d’éviter les attaques ennemies, ou se mettre en place pour préparer une attaque. Pour attaquer, il faudra envoyer des attaques à votre NetNavi pour qu’il puisse les utiliser. Celles-ci se présentent sous la forme de chips (des puces informatiques!) et arrivent par cinq. Petite particularité du réseau dans ce monde: vous ne pouvez envoyer que des chips qui sont liés par leur type, ou leur lettre de série. Par exemple: deux Buster Shot A et un Buster Shot B pour tirer sur vos adversaires, ou bien un Steal Column S suivi d’un Sword S pour empiéter sur la zone de vos adversaires, avant de vous rapprocher et les attaquer à l’épée. Il existe aussi des combos plus complexes (et plus puissants) qui ne sont pas vraiment secrets et que l’on vous dévoilera vite si vous prenez le temps de converser avec les PNJs du jeu.
C’est à la fois très simple, et étonnamment profond une fois maîtrisé. De plus, toujours dans une vibe Pokémon, les chips sont au nombre de 176, et les attraper tous(TM) relèvera de la corvée, mais permettra à un joueur créatif d’enchaîner des combos très intéressants, tant les effets sont variés: attaquer avec des pistolets, des épées, des grenades, se défendre avec des boucliers, poser des mines sur le terrain adverse, ou l’inonder d’une vague, ou de flammes qui se baladeront au hasard. Même si j’ai personnellement suivi la logique du “la meilleure défense c’est d’attaquer à balle”, l’achievement qui m’a demandé d’obtenir TOUS les chips m’a permis de tous les découvrir et de lire leurs effets très variés.
En 2023, le jeu est ressorti dans une collection de tous les jeux de la série. Apparemment, celle-ci n’inclut pas d’option de fast-forward. Si vous voulez découvrir cet OVNI étrange mais très intéressant, préférez jouer sur un émulateur qui vous permettra d’accélérer vos déplacements.
Du nom de BoycottAdvance, cet émulateur est surtout notable car son auteur, Julien Frelat, est français! ↩︎
Et que Hikari soit le nom du créateur du Mega Man de la série originale. ↩︎
Oui, Roll est la soeur de Mega Man dans la série originale, oui je sais. ↩︎
Et d’ailleurs, rendons à César ce qui est à César: son concepteur est Keiji Inafune. Comme quoi, j’ai du mal avec le melon du gars, mais je sais reconnaître ses réussites! ↩︎
