🎮 Kingdom Hearts: Final Mix
Récemment, on a ENFIN eu un trailer pour Kingdom Hearts IV qui promettait quelque chose de substantiel, comme si le jeu tant attendu par sa communauté devenait enfin réel, et pas juste une suite de concepts que Nomura jetait dans la mare, en espérant vivre assez longtemps pour pouvoir donner des solutions correctes à ces mystères.
Ce qui m’a donné envie de me remettre “proprement” à la série, à commencer par le premier épisode.
Je pense à toi où que tu sois.
Comme je (pense que je) le dis souvent, j’ai “un rapport étrange” et “une histoire compliquée” avec la saga Kingdom Hearts: j’ai découvert le premier jeu chez un pote qui avait une PS21, je ne me souviens plus où/comment/avec qui j’ai terminé le jeu, puis j’ai joué quelques heures au premier spinoff sur GBA avant de vite l’abandonner au profit d’une lecture en ligne de résumés, et lorsqu’est sorti le premier trailer du second jeu, tout semblait si fou que je DEVAIS jouer à ce jeu, et aujourd’hui encore, cette brève scène où Sora et Hercule partagent une poignée de main virile occupe mes pensées comme la quintessence du cool.
Et en plus, j’espérais qu’on y trouverait enfin des réponses à la scène de fin secrète du premier. Vraiment, le MCU n’a rien inventé!
Ce second épisode était bien la réussite espérée. Puis est venu le second spin-off sur PSP, que ma soeur m’a offert, mais que je n’ai jamais fini.
Et après ça…j’ai lâché. En plus la série s’amusait à ajouter un jeu mobile, un épisode de retcon chelou, et une série entière de jeux mobiles avec toujours plus de lore mystérieux,… Ça m’a saoulé et j’ai laissé tomber, me contentant de suivre le lore sur les divers wikis dédiés au jeu, et j’ai laissé à ma soeur le soin d'aller tabasser Xehanort.
Mais pourtant, tout comme la sus-mentionnée poignée de main entre Sora et Hercule, presque tous mes souvenirs de cette série me procurent du plaisir. Même des scènes de jeux que je n’ai pas faits peuvent m’arracher des larmes 20 ans plus tard2.
Que nos soucis s’envolent et que nos cœurs fusionnent.
La série Kingdom Hearts a une genèse étrange: apparemment, Square-Enix (encore seulement Square à l’époque) partageait un immeuble avec Disney, et deux dirigeants se sont retrouvés à se dire “On fait une collab’?”, un truc plutôt courant au Japon3, mais inhabituel pour une compagnie américaine. Franchement, dès l’annonce, tout le monde avait cette appréhension à base de “Qu’est-ce que Donald et Dingo vont foutre avec des persos de FF?”, sans pour autant que celle-ci exprime une “opposition” au concept. Personne ne savait quoi en attendre, mais tout le monde restait confiant sur la qualité du produit final.
Et ça a marché: le jeu propose donc à Sora, un personnage créé pour l’occasion, et armé d’une keyblade (qui sert d’arme principale ET de MacGuffin!) de combattre aux côtés de Donald, Dingo, Tarzan, Aladdin, Ariel, Jack Skellington, Peter Pan, et la Bête, et d’en côtoyer d’autres issus de franchises Disney.
Le moment est venu de réaliser ce vœu.
Bien sûr, même si tous évoluent dans l’univers des films dans lesquels le joueur les a connus, il y a toujours une excuse bien trouvée pour que les méchants du jeu se pointent par là et participent à peu près au scénario original du film, afin d’y mettre leur grain de sel.
Toutefois, c’est là aussi que l’on voit le plus la dualité de tous les jeux de la série: il y a l’aventure principale au début et à la fin, et au milieu il y a les sous-histoires dans les “mondes” Disney, et ces mondes ne peuvent pas se rencontrer et leurs histoires restent donc très cloisonnées4. C’est dommage pour mon âme d’enfant qui aimerait bien voir Aladdin et Hercule en tag team contre les plus méchants des méchants Disney, mais c’est aussi une preuve du soin apporté à la conception du jeu et du respect accordé aux franchises, et qui les rend aussi justes et crédibles que lorsque l’on regarde leurs films…
Et qui sait ? L’aventure ne sera peut-être pas si périlleuse.
C’est donc ainsi que se découpe le jeu: une introduction qui propulsera Sora dans la bataille contre les ténèbres pour sauver les mondes et empêcher leur destruction, des passages dans les mondes pour…passer le temps, et un final contre le méchant boss qui se prend pour une divinité.
Oui, les divers mondes donnent malheureusement trop l’impression d’être juste un “Il faut traverser cette ville pour aller bastonner le boss”. Cela ne signifie pas qu’ils sont mauvais ou ennuyeux, mais l’on ressent bien la découpe. Techniquement, il y a un monde (qui n’est pas un monde Disney!) qui fait avancer l’intrigue, et une fois fini, on peut aller taper le boss de fin.
Cela ne signifie pas non plus que le jeu serait meilleur sans ces “sous-histoires” mais l’équilibre est vraiment ténu.
Sans doute a-t-elle déjà commencé.
Cette sensation que le jeu est constamment en équilibre se ressent aussi dans le reste du jeu et ce n’est pas surprenant car…il est le premier. J’ai donc été frappé par la pauvreté des décors dont je ne me rappelais pas qu’ils étaient aussi vides. Ainsi, on retrouve bien les décors classiques d’ Alice au pays des merveilles, mais en réalité, on parle de cinq pièces, dont une qui ne sert qu’à relier les quatre autres. Quant à Hercule, il n’a droit qu’à trois pièces de son Colisée. Ce n’est pas TYPIQUE, et certaines zones sont plus remplies, comme la jungle de Tarzan, ou les cimetières de la ville d'Halloween, mais quand on découvre le navire du Capitaine Crochet, on sent vraiment qu’on répète la même texture de bois sur dix pièces agencées sans queue ni tête…
Je ne sais pas si cette constatation est due à mon âge, l’âge du jeu, ou le fait d’y avoir déjà joué, mais la sensation était trop forte pour que je ne la mentionne pas. Toutefois, je réalise qu’il y a peut-être une autre raison à ce décalage ressenti: l’absence de doublage français a quelque peu érodé la magie de ces mondes.
C’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons qui m’a fait abandonner la série: les deux premiers épisodes sur PlayStation 2 avaient eu droit à un doublage avec les doubleurs officiels des persos Disney, mais après ça…plus rien! Seule la version “internationale” en anglais est désormais disponible, et il m’a fallu chercher des patchs pour m’accorder la fantaisie de lire des dialogues en français, avec des voix japonaises, et peu importe la qualité du doublage, me retrouver face à des répliques cultes mais qui n’étaient plus celles que je connaissais5…
Nous ne vivons pas dans le même monde, mais nous sommes sous le même ciel.
Si 20 ans plus tard, le prestige de la série n’étonne plus personne, dans le contexte de son époque, la dream team déployée pour ce qui n’était qu’un premier jeu fait sourire. Tandis que j’écrivais cet article, je me suis mis à fredonner Dearly Beloved de Yoko Shimomura, puis Hikari (Kingdom Orchestra Version), l’adaptation instrumentale de HIKARI, le thème d’intro du jeu par Hikaru Utada6.
Je n’ai pas de mots pour les décrire. C’est comme si j’en connaissais chaque note, et toute la BO du jeu est de ce niveau. C’est là encore un témoignage de plus de la qualité globale du jeu, même si certaines de ses parties peuvent parfois paraître “en-dessous”…
Un seul ciel, une seule destinée.
J’ai hésité à en rester là, et ne pas enchaîner sur les jeux suivants. Il y a quelque chose d’intéressant à imaginer Kingdom Hearts comme un jeu qui n’aurait jamais connu de suite: son cliffhanger est acceptable, les aspects brouillons de son gameplay n’ont pas à rougir de la comparaison avec les jeux suivants, ni à souffrir des questions sur le lore de Nomura, et sa capacité à empiler les éléments de scénario sans jamais savoir où il va. Ainsi, en rejouant à cet épisode, je suis retombé sur une pièce qui ne servait qu’à décorer en 2002 mais qui récemment a gagné en importance grâce à un jeu mobile, puis j’ai réalisé que Sora avait des parents et une chambre qui apparaissaient le temps d’une scène mais qui ont été totalement balayés sous le tapis dans les vingt années qui ont suivi. Je ne pense pas que Nomura soit un mauvais scénariste, mais je pense qu’il a une manière très particulière de broder des histoires et peu de réticence à balancer des mystères qu’il ne résoudra jamais. Ce n’est pas forcément critiquable, mais il faut en avoir conscience avant de se plonger dans l’aventure. Enfin, l’apport du Final Mix m’a paru ridicule et sans conséquences majeures, mais c’était la mode chez Square à l’époque7.
Malgré l’absence des voix françaises, et même si cet épisode a encore des aspects qui manquent de polish, j’ai passé un bon moment sur le jeu. Je ne sais malheureusement pas encore si c’est assez pour me réconcilier avec la série dans sa globalité…
Ce qui donna lieu à un running gag sur mes difficultés face au tout premier boss du jeu. ↩︎
Pire encore, citer la Lettre de Kairi dans mes titres de paragraphes rend mes yeux humides dès que j’en lis un. ↩︎
Par exemple, Levi de L'Attaque des Titans sur un paquet de lessive… ↩︎
Les invocations sont des exceptions, mais elles n’apportent rien en termes scénaristiques. ↩︎
Vraiment, perdre le "Celui qui ne sait rien ne peut rien comprendre." de Ansem, quelle tragédie… ↩︎
Entre ça et Rebuild of Evangelion, la pauvre est vraiment abonnée aux franchises qui aiment faire attendre leurs fans… ↩︎
À peu près à la même époque, il y a eu Final Fantasy VII International, Final Fantasy X International, Final Fantasy X-2 International + Last Mission, Final Fantasy XII International Zodiac Job System,… ↩︎
