🎬 Scary Movie (2026)
J’ai pas poussé le vice à m’infliger les quatrième et cinquième épisodes. Je les avais déjà vus, et…même s’ils sont de bons concentrés de sketchs1, ils ne sont vraiment pas de bons films. Et puis le “reboot-sequel” était enfin sorti.
Un coup d’oeil à la timeline de la série2 m’a fait rire doucement. Vingt-six ans d’existence, sept ans pour passer de l’épisode 4 à l’épisode 5, puis treize ans à attendre cet épisode à nouveau produit par des Wayans. Et donc, une question: est-ce que Scary Movie a encore quelque chose à raconter?
Film de renois
À la manière du film séminal, puis de tout ce qui viendra après, le film démarre par une scène de “pré-générique”, dans laquelle Teyana Taylor joue le rôle d’une Afro-américaine insupportable dans tous ses clichés, qui se retrouve à défoncer Ghostface tout en bazardant assez de n-word à la minute pour foutre la honte à Jay-Z et Kanye West.
On l’oublierait vite, mais les Wayans se sont d’abord faits connaître par une parodie de films de tié-quar à l'américaine, et même si ce propos était assez dilué dans les deux premiers, il était bien présent: ainsi, dans le premier film, la mort de Brenda survenait dans une salle de cinéma, après que le public entier s’était ligué pour l’assassiner et se venger de tous les films qu’elle leur avait gâchés par son incapacité à se taire. C’est un gag drôle, qui marche très bien tout seul, oui, mais c’est surtout un cliché de la culture afro-américaine. De même, si Shorty n’est qu’un stoner baba-cool de plus pour le spectateur blanc et est très drôle comme ça, le spectateur afro-américain y aura aussi vu la dimension “c’est une parodie de personnage de film de tié-quar'”.
Clairement, les Wayans ont eu carte blanche pour s’exprimer: désormais, le film embrasse pleinement cet héritage, et si les premiers se moquaient allègrement du cliché de “les noirs meurent toujours en premier” sans vraiment rien en faire, ici, les personnages afro-américains sont déjà bien plus mis en avant. Même si le “scénario” garde des blancs au premier plan de l’intrigue, les personnages afro-américains ne donnent plus l’impression d’être une teinte dans le décor, et partagent désormais le centre de l’écran.
Woke-américain
Le tout premier gag du trailer avait beaucoup fait parler de lui: on y découvrait une rame de métro emplie de tueurs, dans laquelle Ghostface s’approchait de sa victime et la poignardait, poussant une vieille dame blanche à s’exclamer: “Oh mon dieu, il a poignardé cette femme!”, avant que la victime, le sang coulant de ses lèvres, ne réagisse: “Hé, je suis pas une femme, je suis non-binaire!”.
Certains y ont vu de la transphobie, et d’autres un doigt d’honneur intentionnel au wokisme, mais pour moi, il n’en était rien: la blague reste centrée sur un personnage qui échoue totalement à saisir le sens des priorités. Et en réalité, pour un film qui se veut transgressif, et qui sait l’être quand il veut, il semble refuser de se moquer de n’importe quoi juste pour tirer sur des ambulances.
Ainsi, même si le film traite du passage de flambeau à une nouvelle génération, et si tous les gosses sont de délicieux clichés de la Génération Z tels que l’on peut les voir en ligne, il ne les attaque pas non plus forcément3 sur leur identité: tout comme Shorty était un stoner débile (qui était noir), De est une ado insupportable (qui est non-binaire). Et même s’il n’a pas non plus la vraie portée d’un drame familial, et si cela ne dure qu’une scène, il y a quelque chose d’assez touchant à voir les difficultés qu’a un père à communiquer avec son fils transgenre, même si là encore, l’aspect humoristique va vite revenir pour toucher la manière d’essayer de communiquer, plutôt que son identité elle-même.
À la manière d’un bon gros roast, les Wayans continuent leur approche: “on peut (et on va) se moquer des comportements débiles de tout le monde”. En l’an 2000, la télévision montrait des blancs, des noirs, des hétéros, et des homosexuels, et c’était eux qu’il fallait moquer. En 2026, maintenant que se multiplient les personnages transgenres ou non-binaires, ils rejoignent les autres sur le gril, sans compter les nouveaux phénomènes sociaux, comme les boulots DEI.
Scary Movie: The Next Génération
Au milieu de son avalanche de sketchs pas toujours inspirés parodiant les succès cinématographiques récents, et malgré un ventre mou étrange parodiant KPop Demon Hunters à l’animation d’assez bonne qualité (même si totalement hors de propos), et un caméo du streamer Kai Cenat, il y a toujours cette question étrange du temps d’écran.
Il se partage entre les personnages revenant des films passés, de manière parfois totalement absurde4, comme Doofy et Bobby Prinze, et les enfants des héros, la nouvelle génération, qui prend des airs de Scooby-Gang et que l’on imaginerait presque reprendre la franchise, plus encore dans ce rebootquel très étrange.
Il n’en est rien, et le film sait clairement où il veut aller avec tout ça, quitte à laisser le spectateur y croire, avant de l’entraîner dans une fin absurde et totalement méta où l’on attendrait presque Godot, très jouissive, et pleine de rebondissements (eux aussi absurdes). C’est pourtant le plus grand écart du film, même s’il est clairement assumé: malgré le nom et ses principales parodies, les Wayans ne voient plus vraiment la franchise comme une parodie du film d’horreur, mais comme une franchise et des personnages autour desquels broder une histoire.
Mais une histoire, vraiment drôle.
Même si je ne retiens vraiment que la parodie de The Grudge dans le quatrième, totalement raciste just ce qu’il faut. ↩︎
Un ajout récent de ce blog: les regroupements par séries! ↩︎
Bon, il y a toujours des blagues sur le physique, mais personne n’a signé pour “On avait dit pas le physique”! ↩︎
D’ailleurs, la continuité n’est pas vraiment au rendez-vous: Ray est présent dans le film alors qu’il est censé être mort…deux fois dans la série? ↩︎
