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🎬 Metropolis

Cela faisait longtemps que j’avais entendu parler de ce film. Sans jamais me rappeler si c’était en bien ou en mal. Mais bon, Rintarō, Katsuhiro Ōtomo… Comment ne pas aimer cette dream team?

C’est beau mais c’est long

Je ne sais pas vraiment ce que j’attendais. Clairement, on reconnait le style de Tezuka, avec une grosse influence de Le Roi et l'Oiseau, dans le gigantisme de cette ville qui engloutit ses habitants, et c’est très agréable.

Mais une fois le film lancé, je ne rentre pas dedans. Du tout.

Les putains d’robots là

Tout d’abord, il y a toute cette métaphore de “les robots sont les membres oubliés de la société, écrasés par les privilégiés”, qui ne fonctionne juste PAS sur mon esprit cartésien: les automates des usines Citroën n’ont pas de raison de “penser” ou de “ressentir la douleur”, ni même d’être tristes pour leurs enfants.

Je SAIS que c’est une convention métaphorique de storytelling qui permet de cibler la manière dont la société écrase les “invisibles”, mais ça n’en fait pas une métaphore qui marche. Plus encore en 2026 alors que l’existence des LLMs1 fait déjà imaginer à certains que Skynet est à nos portes et prêt à nous tuer.

Digression: récemment, un programme a été publié en ligne, permettant de “faire souffrir une IA”. Ça n’a aucun intérêt (à part engraisser les poches des services qui fournissent l’IA, c’est pas demain que Sam Altman finira à la rue), et ça ne fait de mal à personne, mais cela n’a pas empêché une levée de boucliers pour que le programme soit retiré de la plateforme: certains y voyaient une atteinte aux droits des IA.

Je ne sais pas si vous, cher lecteur, êtes vous-même un développeur, mais si vous ne l’êtes pas, moi, en tant que développeur, je me dois de vous le révéler: la fameuse “IA” de science-fiction, elle n’existe pas. L’IA que l’on a aujourd’hui est en réalité TOTALEMENT IDIOTE, et sa seule supériorité sur l’être humain vient de sa super-puissance de calcul et sa mémoire immense qui lui permettent de calculer les probabilités d’avoir le (bon) prochain mot de la conversation que vous avez avec elle.

Vous voulez un exemple hilarant? Vous pouvez demander à un LLM combien font “1+1”, et même si les probabilités qu’il calculera vous donneront “2” environ 99,999…% des fois, il existe toujours une probabilité que celui-ci vous réponde “3”. Et ce ne sera pas une erreur, mais son fonctionnement normal: le modèle ne “sait rien”, il sait uniquement calculer les probabilités du prochain mot2.

Il n’a aucune conscience et n’est qu’un programme exécuté sur une machine, au même titre que mon éditeur de texte, ou votre navigateur internet, et il n’y a aucune raison pour que ceux-ci aient de l’amour envers des enfants, ou ressentent des émotions comme la peur.

Donc, les robots, les automates, les machines,… pour moi ça revient toujours à la même question: “Quel est l’abruti qui s’est dit que la caisse enregistreuse avait besoin de rêver de moutons électriques, et qui a approuvé le budget R&D?”.

Donc, dès cette métaphore bancale sur “Ouin ouin le vilain prolétariat” qui marchait sûrement du temps de Tezuka, où présenter les ouvriers comme des robots pouvait faire réaliser au spectateur la cruauté du capitalisme, elle ne marche plus en 20263.

Je reconnais toutefois que le film date de 2001 et que mon refus d’accepter cette métaphore m’incombe à moi, et pas au film.

Cela dit, le reste ne le sauve pas.

Des scènes qui s’enchaînent

J’écris toujours mes articles avec du décalage afin de laisser les idées se décanter, mais là… Je n’ai rien. Je me souviens bien de bouts et de bribes du film, mais tout ce qui me revient est que même durant le visionnage, c’était déjà confus.

Mon meilleur souvenir, en fait, revient à l’anecdote que je voulais soulever pour décrire la (vraie) grande hérésie du film: ses transitions.

Quand j’étais plus jeune, j’utilisais le logiciel RPG Maker 2000 pour créer des jeux. Mon anglais n’était pas encore au niveau, et un paramètre concernait les transitions d’écran, mais j’étais incapable de comprendre ce que chacune signifiait. Il y avait probablement du swirl, du fade in, du fade out,… J’avais beau poser la question à mon père sur “C’est quoi fade in?”, sans contexte, il lui était difficile de me donner une réponse satisfaisante. Mais je suis certain que parmi les options, il devait y avoir fade to black: le Fondu au noir.

En langage cinématographique, un fondu au noir indique une coupure, la scène actuelle arrive à son terme. Pas dans Metropolis, où plus d’une fois, un fondu au noir m’a envoyé le sous-texte “Attention, du temps passe”, pour que la scène suivante me dise “Non frère, mdr”.

Ainsi, j’ai vraiment eu du mal avec la structure du film: une visite de la ville, une poursuite, une révolution,… J’ai eu l’impression de voir plein de choses à l’écran, sans que rien “ne se passe”. Même la promesse initiale de l’affiche qui me semblait être “Cet androïde au visage d’enfant innocent va découvrir la ville” n’arrive jamais.

Même les personnages impliqués dans la confrontation politique de la ville semblent n’aller nulle part en termes narratifs et deviennent vassalisés par l’existence d’un androïde anthropomorphique, qui va totalement écraser leur parcours pour les faire s’intéresser à lui.

Enfin, pour son final, le film se transforme progressivement en Akira. N’ayant jamais lu le manga original de Tezuka, je ne sais pas s’il s’agit là d’une adaptation fidèle, ou si Ōtomo a eu trop d’influence sur le scénario.

Ma curiosité a pris le pas, et j’ai lu Metropolis. Le propos sur le “prolétariat robot” n’existe pas dans le manga4, pas plus que l’évolution folle de cette ville qui veut s’élever sur le corps des hommes, jusqu’à toucher le ciel. Le père du manga reste intouchable.


  1. En français, un Grand modèle de langage, c’est-à-dire le truc que vend ChatGPT sous le nom d’ Intelligence artificielle. ↩︎

  2. On peut parler du concept des “outils” auxquels un LLM peut avoir accès, mais cela relève d’une autre question. ↩︎

  3. Une des raisons pour lesquelles le jeu Detroit: Become Human est totalement débile selon moi. ↩︎

  4. Ou plutôt: le méchant fabrique des robots auxquels il donne la vie dans sa base, afin d’en faire une main-d’oeuvre asservie, mais on parle d’un méchant qui a une cinquantaine de robots, pas d’un système de société. ↩︎

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