đș Kim Kong
Le 15 mars 2026, Bruno Salomone nous quittait. En parcourant sa page Wikipédia, et celles liées à ses confrÚres de la bande des Nous à Nous, je découvrais celle de Manu Joucla, et une mini-série en trois épisodes au titre étrange attirait mon attention: Kim Kong.
Le pitch sâinspire d'Ă©vĂšnements rĂ©els pour prĂ©senter un rĂ©alisateur de films dâaction, enlevĂ© par un dirigeant asiatique, qui lui demande un remake de King Kong Ă la gloire de son rĂ©gime.
Toute ressemblance avec des personnagesâŠ
DĂšs le premier Ă©pisode, tout, dans les dĂ©cors, les dĂ©boires, les personnages, les prĂ©noms, les dialogues,⊠est fait pour induire le spectateur dans une certaine lecture: clairement, nous sommes dans la meilleure des CorĂ©es! La sĂ©rie installe son ambiance avec une certaine virtuositĂ© et il est difficile de ne pas y croire, ni dâĂȘtre happĂ©.
Ce nâest quâau milieu du second Ă©pisode que je suis distrait une demi-seconde, et mon cerveau reprend le dessus et fait les liens nĂ©cessaires: un personnage vient de dire äœ ć„œ, et le panneau qui vient juste de passer Ă lâĂ©cran est Ă©crit en Hanzi, pas en Hangeul,⊠Cette scĂšne, si bien tournĂ©e que jây croyais, reprĂ©sente en rĂ©alitĂ© la (ou a Ă©tĂ© tournĂ©e en) Chine!
Je nâai aucune idĂ©e de ce qui a suscitĂ© le choix de cette reprĂ©sentation. Est-ce lĂ un dĂ©sir expressif du rĂ©alisateur? Refus de sombrer dans la mĂȘme facilitĂ© parodique que The Interview? FacilitĂ© de tournage pour avoir une Ă©quipe asiatique qui parle une langue commune sans ĂȘtre comprise par le spectateur et le personnage principal?
Peut-ĂȘtre nâest-ce au final quâune coĂŻncidence, mais je lâadore et le trouve trĂšs reprĂ©sentatif du pouvoir de la cinĂ©matographie, et mĂȘme du propos de cette sĂ©rie: le cinĂ©ma a un pouvoir de mensonge qui lui permet de raconter des histoires et vĂ©hiculer des idĂ©es. Ainsi, un Kim Jong-un pourrait ĂȘtre jouĂ© par un acteur chinois, et pourtant je croirais quand mĂȘme le vrai capable de tout cela!
Ce film est mon film
Lâautre pan de la crĂ©ation cinĂ©matographique, câest vraiment la gestation dâun objet. Je ne sais pas pourquoi, mais je pense spĂ©cifiquement Ă Spielberg quand jâentends ça. Notre rĂ©alisateur local, Mathieu Stannis, nâa rien de tout cela, il me ferait mĂȘme plutĂŽt penser Ă Louis Leterrier, entre son apparence et sa filmographie1.
Dâabord courroucĂ© et prĂȘt Ă tout pour sâenfuir, quitte Ă bĂącler le film, il va vite trouver dans ce rĂ©gime totalitaire la libertĂ© artistique quâil lui manquait pour retrouver le plaisir de crĂ©er, arrivant Ă une situation ubuesque oĂč il prĂ©fĂ©rera rester coincĂ© plutĂŽt que de sâenfuir, afin de sâassurer que son film soit achevĂ© selon sa vision.
On se rapproche alors un peu plus de George Lucas, et du fossĂ© qui sĂ©pare ses films du dĂ©but, des plus rĂ©cents, oĂč plus personne nâose le contredire, ni lui refuser un budget. ConfrontĂ© aux privations du rĂ©gime, au manque de moyens et de talents,⊠Mathieu retrouve le plaisir de redoubler dâingĂ©niositĂ© pour crĂ©er le spectacle quâil a lâintention de partager au public.
Bien sĂ»r, le rĂ©el le rattrape vite, et si le rĂ©gime aime le cinĂ©ma, il prĂ©fĂšre quand mĂȘme la soumission. La mini-sĂ©rie sâachĂšve dâune maniĂšre trĂšs rĂ©aliste, qui ne sombre ni dans le misĂ©rabilisme, ni dans un optimisme ridicule. La parenthĂšse de crĂ©ation de Mathieu se referme, il retourne au cinĂ©ma, et la sĂ©rie se termine, comme si elle avait Ă©tĂ© un documentaire. Ce quâest cette sĂ©rie, en soi: le cinĂ©ma est un art du mensonge et de la passion crĂ©atrice.
Cocorico! Les deux derniers Ă©pisodes de la saga Fast and Furious sont rĂ©alisĂ©s par un Français! ↩︎
