đŹ River
Paru chez nous sous le titre francisé En boucle, River est un film qui traite de boucles temporelles.
Exercice de style
En 1993 est sorti le film Groundhog Day1, qui mettait en scĂšne Bill Murray dans le rĂŽle dâun sale con qui vit la mĂȘme journĂ©e Ă rĂ©pĂ©tition, jusquâĂ acquĂ©rir la sagesse nĂ©cessaire pour sortir de la boucle. Bien quâil ne fĂ»t pas le premier Ă employer le principe, il en posait les bases qui seront les plus reprises, notamment celle qui consiste Ă transformer cette rĂ©pĂ©tition en une sorte de rite initiatique du personnage qui le transformera et lui apprendra Ă aimer son prochain.
Depuis, la pratique a souvent Ă©tĂ© reprise, soit pour constituer tout le concept dâun film2, ou ĂȘtre le sujet dâun arc3 ou dâun Ă©pisode4 de sĂ©rie TV. Pour ces derniĂšres, trĂšs souvent, lâintĂ©rĂȘt viendra de la maniĂšre dont la boucle sera exploitĂ©e, des dĂ©lires que les scĂ©naristes sâautorisent5, ou des difficultĂ©s quâil faudra surmonter pour sortir vivant de la boucle.
Une autre particularitĂ© est quâen gĂ©nĂ©ral, seules une ou deux personnes perçoivent lâexistence de la boucle. Dans River, cette idĂ©e est totalement balayĂ©e: mĂȘme si lâon suit principalement Mikoto, la boucle affecte tout le personnel dâun ryokan6 et ses clients. Sâen suivront donc des dialogues et considĂ©rations trĂšs drĂŽles, certains employĂ©s demandant sâils seront payĂ©s pour leurs heures supplĂ©mentaires, et le patron invitant les clients Ă manger jusquâĂ plus faim, Ă©tant donnĂ© que tout revient.
La rĂ©solution nâest pas forcĂ©ment satisfaisante: certaines boucles semblent mettre la responsabilitĂ© de la rĂ©pĂ©tition sur Mikoto, et son souhait que son amoureux ne parte pas en France, mais cela ne se fait pas. Je ne spoilerai pas, mais si vous apprĂ©ciez Kamen Rider Tsukuyomi, votre oeil repĂ©rera ce qui cloche.
Beauté de la répétition
Si le mĂštre-Ă©talon du genre se produisait sur une mĂȘme journĂ©e dâhiver (le 2 FĂ©vrier!) qui confĂšre Ă chaque plan un doux duvet neigeux, ce nâest pas le cas ici et nos personnages se retrouveront Ă courir dans de la neige, sur de la glace, ou sur de la mousse. LâincohĂ©rence est mentionnĂ©e Ă deux reprises, probablement pour sâassurer que le spectateur ne se posera pas la question de lui-mĂȘme, brisant ainsi sa suspension consentie de lâincrĂ©dulitĂ©, mais il y a une raison forte Ă cela: toutes les boucles sont composĂ©es de plans sĂ©quences.
Je pense lâavoir remarquĂ© Ă la troisiĂšme ou quatriĂšme boucle, et Ă partir de lĂ , la dĂ©cision de ne pas placer un seul personnage au centre dâĂ©vĂ©nements rĂ©pĂ©tĂ©s au millimĂštre prĂšs prend tout son sens. Chaque boucle durant environ deux minutes, voir la camĂ©ra virevolter pour suivre Mikoto et tous les Ă©vĂšnements devient un plaisir supplĂ©mentaire Ă celui de lâhistoire.
La rĂ©solution est gentillette, et presque digne dâun anime pour ados7, mais le parcours est plaisant, et rĂ©alisĂ© avec brio. Clairement, ce film ne marquera pas le genre, mais il saura vous faire passer un bon moment. En boucle.
DiffusĂ© en France sous le nom de Un jour sans fin ↩︎
Dans Here I Go Again, la personnage dans une boucle trouve une personne Ă qui se confier et demander des conseils pour sortir de la boucle, et celui-ci lui demande siâŠelle a fait le âmontage fun sans consĂ©quencesâ. ↩︎
Pour les curieux: il se situe au pied des marches du temple Kifune ↩︎
Je soupçonne un fort clin dâoeil Ă Steins;Gate dans le design dâun objet. ↩︎