🎬 Mobile Suit Gundam Hathaway The Sorcery of Nymph Circe
J’ai vraiment du mal avec cette série de films Hathaway…
Le Flash d’Hathaway
Tout d’abord, je n’ai toujours pas compris l’intérêt d’adapter, avec trente ans de retard, une série de trois romans de Tomino, alors que j’attends toujours la série de films qui doit faire suite à Unicorn1…
Ensuite, car ces livres ont une finalité assez…connue de la communauté, plutôt controversée pour ne pas dire carrément affreuse, qui a régulièrement été abandonnée dans les Super Robot Wars pour n’en garder que les gros robots2. Et en fait, même si en 90, Tomino poursuivait sa dépression nihiliste entamée dans Zeta (et pas vraiment terminée dans le film CCA), et qu’il était assez “normal” à l’époque qu’il réutilise un personnage secondaire pour le mettre dans cette position, ça n’est plus vraiment cohérent aujourd’hui. Plus encore depuis qu’il a écrit en 2003 le cinquième épisode de Gundam Evolve où Hathaway et Quess terminent le film sans traumatismes qui feront la fortune d’un psy.
Mais aussi parce que… pour avoir lu le premier des trois romans…le style de Tomino est vraiment particulier à lire: court et incisif, parfois très dépouillé,… La moitié est passée à suivre Hathaway sans avoir aucune idée de ce qui se trame, à la manière du Meurtre de Roger Ackroyd d’ Agatha Christie.
Le film se doit donc d’adapter et d’enrober. Vous n’avez pas idée d’à quel point, mais ça me hérisse.
La nymphe Circé
Arrive donc ce second film. Le premier avait voulu se présenter comme un grand spectacle, et en réalité, son combat final était…plutôt décevant. Cinq minutes de baston 3D et ça se termine sur “Tu t’es crashé dans l’eau t’as perdu”. Vraiment, le pilote du RGM-89S Stark Jegan dans la scène d’intro du premier épisode d’Unicorn m’a beaucoup plus marqué dans sa manière de se battre, alors qu’il apparaît 30 secondes, qu’on ne voit jamais sa tête, et qu’il meurt sans cérémonie.
Mais donc, on retrouve notre espèce de pseudo-triangle amoureux initial: Hathaway, devenu un leader terroriste aux motivations douteuses, Kenneth, le colonel local de la Fédération Terrestre, et Gigi, qui est…
Pfou, même ça c’est compliqué. Déjà qu’il était difficile de parler de la manière dont Tomino écrit les femmes dans l’univers Gundam3, là franchement, c’est encore pire. Ainsi, le film doit lisser les propos et éviter de dire trop haut que Gigi est une sugar baby, qu’elle ne sert que de “prix” entre les deux mecs, et sa seule interaction du film avec un autre personnage sera consacrée à la traiter de pute avant de se prendre une baffe (bien méritée!).
Même son adoration d’Hathaway n’a rien d’intéressant, ni même de concret. Je suis capable de pleurer un milliard de larmes pour les quelques instants où Lalah Sune vit une communion mentale avec Amuro Ray, alors que celui-ci vient de la tuer accidentellement, et je chiale tout autant à chaque fois que je vois Minerva se jeter dans le vide en appelant mentalement Banagher à la sauver car j’ai vu ces personnages échanger, je crois en eux, je ressens leur existence.
Mais Hathaway et Gigi? Non. Et ce n’est même pas car Hathaway serait un personnage qui m’emmerde. Aussi débile soit leur relation, j’arrive totalement à croire que le jeune Hathaway puisse tomber amoureux de Quess dans le film CCA. Mais là, vraiment, non. Gigi se balade juste dans le film comme “la meuf qui a lu le scénario mais pas trop non plus” et c’est insupportable. Le film propose 2-3 scènes où il tente de la présenter comme décisive sur son futur, un évènement qui arrive donc justement car elle a croisé Hathaway une fois? Woohoo, le féminisme.
Ah, et puis il y a Lane, qui est vraiment la quatrième roue du carrosse et sert juste de chair à canon quand il faut envoyer un pilote se faire essuyer par la SUPRÉMATIE MILITAIRE d’Hathaway dans le Xi Gundam. Mais sinon, il n’a pas d’histoire, et son seul intérêt narratif est dans les humiliations qu’il subit à chacune de ses interventions.
La sorcellerie
En 2018, lorsque j’ai vu le film Gundam Narrative dans un cinéma de Tokyo4, j’ai hurlé dans la salle lors de la projection. D’horreur. Au-delà de la nullité globale du film et de son propos, un cadrage “interdit” venait d’arriver. De la même manière qu’un film doit respecter certains plans pour que ses scènes soient raccord, il y a des manières de présenter les choses. Dans le monde de Gundam (et du mecha en général), il s’agit des vues “dans le cockpit” qui s’interposent sur les vues extérieures des robots. Lorsque cela arrive, il est toujours admis qu’elles doivent venir de l’extérieur du cadre. Mais Narrative balaye cette règle et fait survenir cette vue depuis l’intérieur du cadre.
C’est un problème de grammaire, de langage. Et pour moi, c’est rédhibitoire.
Et bien dans ce film, on a pareil.
Ainsi, on a une scène où une belle blonde à moitié nue sort du lit de Kenneth, admire le jardin (et ses pieds) par la fenêtre, puis on la voit dans ledit jardin, quitter la résidence pour faire un jogging. Ces trois plans sont CONSÉCUTIFS, il n’y a rien qui indique une coupure apparente. Pourtant, le premier se déroule en Australie avec la fille qui mettra une baffe à Gigi plus tard, tandis que le second se déroule à Hong Kong où Gigi vit seule (en attendant son sugar daddy) et doit rester fit pour coller à son standard.
Et comme il colle au livre, au style déjà dépouillé, le film hérite aussi de ses défauts. Ainsi, si dans le bouquin5, on apprenait au détour d’une page qu’un des navires de l’équipe d’Hathaway avait été torpillé, et que ses membres d’équipage (que l’on avait pu apprécier lors du premier tiers du film) avaient tous fini par le fond sans autre forme de cérémonie, ici le film nous offre…une image d’un périscope qui avance vers le navire, avant que Kenneth décroche un téléphone à la scène d’après: “Allo ouais? Navire coulé? kthxbye”. Vraiment.
Et même pour son combat final, le film en fait des caisses. Hathaway sera confronté à Lane dans le TX-ff104 Alyzeus, un appareil basé sur le RX-93 ν Gundam d’Amuro. Il y a une espèce de trauma de Hathaway qui remonte à coups de “Mais alors, je suis l’ennemi d’Amuro? Mais alors c’est moi le méchant?”, mais mis à part le plaisir toujours renouvelé de voir le Nu Gundam d’Amuro animé, c’est poussif, putain. Ce genre d’hallucinations, ça a toujours été associé aux cyber-newtypes comme Four Murasame6 ou Marida Cruz7, une conséquence de leur psyché brisée par la folie de l’Homme, pas à des newtypes purs qui découvrent justement de nouvelles manières de communiquer8.
Enfin, dernier problème qui a fait couler beaucoup d’encre virtuelle, le final du film, toujours aussi grand spectacle: la meuf embrasse le héros, et un riff de guitare bien connu se déchaîne avant que les crédits ne commencent à défiler. Vraiment, je ne peux pas. J’adore Guns N' Roses, là n’est pas la question, mais pour moi, ça n’a vraiment pas sa place ici. Il y a des mélanges qui fonctionnent, comme Roundabout avec JoJo's Bizarre Adventure, ou bien la chanson d'intro du film mais là… pfou… Nostalgie du réal’? Envie d’un final “hollywoodien”? Non, c’était infernal.
J’ai dû revérifier les dates pour ne pas écrire de conneries: il a fallu quatre ans et demi pour que sorte ce film. C’est quatre ans et demi qui m’éloignent encore plus du projet “Unicorn 2” initialement promis par le projet UC NexT 0100. J’avoue qu’à ce stade, je ne sais pas trop ce que j’attends pour le troisième film. Une partie de moi imagine que Tomino pourrait revenir aux commandes, prendre les rênes, et proposer une nouvelle fin, comme il l’avait fait sur la trilogie de films Zeta Gundam. Malheureusement, il n’est pas aux commandes, et le réalisateur m’a plus l’air d’être un yes-man qui n’osera jamais toucher aux textes sacrés9. Mais je ne perds pas espoir: qui sait, peut-être que les memes Twitter ont raison et que Banagher s’incrustera à la fin du troisième film pour remettre de l’ordre dans tout ça, à grand renfort de ses “Et alors?” très meme-esque…
Mais apparemment, le projet “UC2” semble être coincé dans l’ enfer du développement… ↩︎
Le RX-105 Xi Gundam et le RX-104FF Penelope ont vraiment des designs particuliers pour du Gundam. ↩︎
Dès la première série, Char Aznable trouve Lalah Sune dans un bordel… ↩︎
Très précisément au Shinjuku Picadilly, qui avait une superbe maquette du Yamato dans son hall d’entrée. ↩︎
Oui je suis allé chercher la scène pour vérifier, et ce moment y est raconté comme une ANECDOTE. ↩︎
C’est elle que j’aime, avec ma femme on est juste amis. ↩︎
Oui, je vais me faire une séance de visionnage de Gundam Unicorn pour effacer tout ça, et j’écrirai enfin un article plein de louanges. ↩︎
Ce qui est encore plus ridicule: à ce moment-là, Hathaway communique avec le souvenir qu’il a d’Amuro. Même pas son fantôme comme c’était le cas pour Full Frontal dans Unicorn… ↩︎
Même si le sensei lui-même s’est constamment permis de les réécrire lui-même: il existe TROIS (voire quatre) putains de versions de Char's Counterattack, et elles ont TOUTES été écrites par la même personne! ↩︎
