đș X/1999
Mon histoire est dĂ©cidĂ©ment pleine de rendez-vous ratĂ©s. Il y a peu, je voyais enfin Scrapped Princess, et aujourdâhui, je vois enfin la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e adaptĂ©e de X, le gĂ©nial manga des filles du studio CLAMP. DĂ©jĂ , Ă lâĂ©poque, le magazine AnimeLand dĂ©crivait la chose ainsi:
Câest un peu lâArlĂ©sienne, cette sĂ©rie TV de X (tout comme la fin de ce manga qui traĂźne en longueur).
â AnimeLand 75 - Octobre 2001 (page 10)
Et câĂ©tait bien lĂ tout le problĂšme: entamĂ© en 1992, avec une fin promise pour âle jour de la promesse, en 1999â, le manga nâĂ©tait dĂ©jĂ pas fini en 1999, avait un rythme de parution sporadique1, et depuis 2003 est mort, enterrĂ©, et ne connaĂźtra jamais de fin pour plusieurs raisons, lâune dâelles Ă©tant quâapparemment, les droits de publication appartiennent au magazine de prĂ©publication Monthly Asuka qui ne veut plus publier lâoeuvre en raison de la violence dans laquelle elle sâengage2, mais ne peut pas non plus en cĂ©der les droits.
Mais, succĂšs aidant, il fallait adapter la sĂ©rie pour faire plus de blĂ©. Câest donc en 1996 que sort X1999, une adaptation de 100 minutes rĂ©alisĂ©e par RintarĆ, qui sera tellement au top de la hype que la chanson de fin sera le single FOREVER LOVE du mythique groupe X Japan. MĂȘme si le film a connu un certain succĂšs, et a contribuĂ© Ă me mettre sur la voie de lâapprentissage du Japonais3, il restait malgrĂ© tout confinĂ© Ă son medium, et sa durĂ©e lâempĂȘchait de dĂ©velopper correctement tous les personnages4. Donc, la derniĂšre voie Ă©tait simple: il fallait une sĂ©rie TVâŠ
Une sĂ©rie TV que je ne regarderais pas Ă sa sortie, malgrĂ© lâabondance de fansubs, car jâattendais dĂ©sespĂ©rĂ©ment une release complĂšte par un seul groupe. Ainsi, je me suis contentĂ© de beaucoup Ă©couter lâexcellente bande originale de la sĂ©rie, jusquâĂ retomber sur lâĂ©dition Française et me dĂ©cider Ă enfin plonger dedansâŠ
Le Tokyo Babylone
Mais ne revenons pas de suite Ă X. Sâil est assez connu que CLAMP est lâun des rares groupes mangakas dont les oeuvres forment un multiverse5, câest Tokyo Babylon qui annonce la couleur. On y suit Subaru Sumeragi, un exorciste, accompagnĂ© de sa soeur Hokuto, et de son pseudo-petit-ami, Seishiro Sakurazuka, Ă travers diverses enquĂȘtes dans la grande mĂ©galopole, oĂč les maux modernes se confrontent au fantastique magique. On retrouve ainsi un dĂ©mon dans des blagues tĂ©lĂ©phoniques, des possessions de harceleuses dignes de Carrie au bal du diable,⊠La ville y est un personnage Ă part entiĂšre, Ă©trangement dĂ©crite comme une sorte de colonie de fourmis oĂč circulent les ĂȘtres vivants et les Ăąmes en souffrance, auxquels Subaru et ses proches rendent la paix, le tout dans un mix trĂšs Ă©gal âentre tradition et modernitĂ©â, sans jamais quâaucune des deux facettes ne soit mise en avant ou rabaissĂ©e.
Le manga prendra une tournure surprenante: Seishiro se rĂ©vĂšlera possĂ©der lui aussi des pouvoirs magiques, et ĂȘtre dâune famille rivale plus portĂ©e sur lâassassinat, et sa prĂ©sence aux cĂŽtĂ©s de Subaru nâavait pour but que de dĂ©celer sâil serait capable dâun jour Ă©prouver des sentiments. En Ă©tant incapable, il abandonnera Subaru aprĂšs lui avoir brisĂ© le coeur, et assassinera Hokuto. Et la sĂ©rie sâarrĂȘtera lĂ , fin.
Le jour de la promesse
X commence avec le retour de son hĂ©ros, Kamui, Ă Tokyo. Ses retrouvailles avec ses amis dâenfance, la douce Kotori, et son frĂšre Fuma, vont mal se passer car lâadolescent est au coeur dâune prophĂ©tie: son retour annonce le dĂ©but du combat pour le destin de la terre. Dâun cĂŽtĂ©, les Dragons de la Terre veulent la fin de lâhumanitĂ©, pour permettre Ă la planĂšte de revivre, et en face, les Dragons du Ciel veulent les en empĂȘcher.
De chaque cĂŽtĂ©, sept combattants, avec des objectifs spĂ©cifiques, et toujours un lien humain et idĂ©ologique trĂšs fort dans lâopposition. Ainsi, on peut y retrouver Subaru du cĂŽtĂ© du Ciel, qui fera face Ă Seishiro du cĂŽtĂ© de la Terre, pour une ultime confrontation trĂšs en accord avec leurs personnages et totalement satisfaisante narrativement.
MĂȘme en 2026, le manga (et donc la sĂ©rie) conservent un style unique que personne nâa jamais vraiment Ă©galĂ©. Il y a un aspect "Mascarade" dans ces affrontements qui se dĂ©roulent dans des kekkais, des espaces protĂ©gĂ©s sĂ©parĂ©s de la rĂ©alitĂ©, afin dâĂ©viter dâimpliquer des civils, lesquels ne voient dans la destruction de la ville que des tremblements de terre. Et Ă la maniĂšre de Tokyo Babylon qui vivait âentre tradition et modernitĂ©â, les combattants de X volent entre les gratte-ciels de Tokyo, invoquent des familiers, maĂźtrisent les Ă©lĂ©ments, se lancent des boules dâĂ©nergie,âŠ
Dans un sens, tout apparaĂźt symbolique et annonciateur des crises Ă©cologiques: lâon dĂ©couvre donc que la mĂšre de Kamui est morte car elle a donnĂ© sa vie pour la planĂšte qui brĂ»le Ă cause des hommes, mais aussi que les constructions de la ville Tokyo sont en rĂ©alitĂ© des cercles de protection, donnant enfin une explication Ă pourquoi la Yamanote a cette forme circulaire⊠MĂȘme la localisation des QGs de chaque Ă©quipe a du sens: les âprotecteursâ siĂšgent sous la DiĂšte, et les destructeurs dans le SiĂšge du gouvernement mĂ©tropolitain de Tokyo, comme si lâun et lâautre reprĂ©sentaient ordre et chaos.
Lâoeuvre est dense, et les autrices ne sâen privent pas, nâhĂ©sitant pas Ă mĂ©langer tout ce qui peut lâĂȘtre. Ainsi, les prĂȘtres et exorcistes ne sont pas les seuls belligĂ©rants et lâon trouvera mĂȘme une crĂ©ature apparentĂ©e Ă un cyborg, un robot tentaculaire, des personnages dont les pouvoirs âexistentâ sans quâils nâaient jamais eu besoin de sâentraĂźner pour les obtenir et qui ont juste subi une sorte dâĂ©volution ou de don,⊠Les tempĂ©raments aussi sont multiples, chacun ayant sa motivation et ses objectifs dans ces combats, tout en Ă©tant loin dâun manichĂ©isme primaire âLes gentils contre les mĂ©chantsâ. Le travail accompli pour que chaque personnage reste apprĂ©ciable est louable et rarement vu dans la fiction.
Enfin, Ă tout hĂ©ros son nĂ©mĂ©sis. Le manga fait un choix audacieux Ă ce sujet: une fois que Kamui dĂ©cide de protĂ©ger la terre, son ami dâenfance Fuma sâĂ©veille Ă son rĂŽle: il rejoint les Dragons de la Terre et sâemploie Ă dĂ©truire lâhumanitĂ©. Le personnage est glaçant de cruautĂ©6, et lâest plus encore par un aspect Ă©trange de ses incarnations: il est un miroir, et chaque personnage qui le rencontre le voit comme une espĂšce dâentitĂ© diabolique reprĂ©sentant la personne chĂšre Ă son coeur et lui proposant âce quâil dĂ©sire le plusâ. Vingt ans plus tard, peu dâantagonistes ont su provoquer un tel malaise tout en Ă©tant aussi âgentilsââŠ
Et la série alors?
Bien Ă©videmment, câest une dĂ©ception.
Il nây a rien Ă reprocher Ă sa qualitĂ© technique, sa musique, ou mĂȘme le doublage français7, mais juste⊠ça ne colle pas. Ainsi, mĂȘme si lâon retrouve une grande majoritĂ© des Ă©vĂšnements du manga, et si lâon prend un Ă©pisode pour redonner un contexte Ă la relation entre Subaru et Seishiro, les rĂ©fĂ©rences aux autres oeuvres des CLAMP passent Ă la trappe. Plus dâAcadĂ©mie Clamp: juste un vieux monsieur random avec une vieille maison et un jardin dans une universitĂ©. MĂȘme les moments lĂ©gers oĂč certains antagonistes pouvaient plaisanter ensemble8 sont Ă©dulcorĂ©s.
Le manga nâĂ©tant pas terminĂ©, la sĂ©rie, comme le film, a dĂ» trouver sa propre fin. Si le film dĂ©cidait dâun affrontement final sur la Tour de Tokyo, oĂč Kamui dĂ©capitait Fuuma, la sĂ©rie choisit lâinverse, Kamui se sacrifiant sans vraiment combattre, afin de protĂ©ger la terre. Câest assez mou, et pire encore, certains Ă©lĂ©ments ârĂ©centsâ du manga sont adaptĂ©s Ă la va-vite sans vraiment rĂ©flĂ©chir Ă ce quâils peuvent signifier ou impliquer, et les explications qui y sont donnĂ©es sont peu crĂ©dibles, comparĂ©es Ă la direction que le manga comptait prendreâŠ
Le âjour de la promesse, en 1999â est derriĂšre nous depuis un quart de siĂšcle et nous ne verrons jamais la fin de X.. Toutefois, mĂȘme si Tokyo a changĂ©, le Babylone Japonais abrite toujours les mĂȘmes Ăąmes en peine, qui errent entre ses structures de bĂ©ton. Alors peut-ĂȘtre pourra-t-on espĂ©rer quâun jour, une nouvelle oeuvre sâaventurera sur ce terrain pour nous proposer des combats Ă©piques de magie Ă vire-volter entre les gratte-ciels de la villeâŠ
MĂȘme si ces oeuvres sont des chefs-dâoeuvres, lancer en mĂȘme temps Magic Knight Rayearth, Cardcaptor Sakura, Chobits, des tonnes de mini-projets comme Wish, et des bouses comme Angelic Layer, nâa clairement pas aidĂ©âŠÂ ↩︎
Soyons honnĂȘtes, câest violent et gore depuis le premier volume. ↩︎
Une histoire relatĂ©e dans lâarticle sur Ryuu Ga Gotoku: Ishin!. ↩︎
Le tout premier combat du film expĂ©die dâailleurs en cinq minutes le duo que lâon pourrait considĂ©rer comme le second plus important de lâhistoireâŠcertains fans ont dĂ» hurler dans leurs siĂšges Ă lâĂ©poqueâŠÂ ↩︎
Ainsi, Le Voleur aux cent visages, Clamp School Detectives, et Dukalyon, se dĂ©roulent tous dans la mĂȘme AcadĂ©mie, ont des protagonistes en commun, et lâon retrouve certains dâentre eux, adultes, dans le manga X, lâAcadĂ©mie Ă©tant mĂȘme un plot point. ↩︎
Ce quâil fait Ă sa soeur lors de son Ă©veil fait passer le combat de Kill Bill : Volume 1 pour un dessin animĂ© pour enfantsâŠÂ ↩︎
Quoique les gĂ©nĂ©riques en VF, câĂ©tait un peu tropâŠÂ ↩︎
Sorata (du Ciel) et Yuto (de la Terre) sont les premiers Ă se battre, et la cordialitĂ© dont ils font preuve lâun envers lâautre est vraiment rafraichissante. ↩︎
