📺 Tom Clancy's Jack Ryan (S1)
Comme souvent, je me lance dans un truc, et je fais tout ce qui est lié. Donc: Tom Clancy, et après les jeux, pourquoi pas une bonne série, avec de l’espionnage, l’action,… un bon techno-thriller télévisuel!
Le Conte de deux Jacks
Le 16 Décembre 2020, Netflix annonçait sur Twitter l’acquisition de TOUTES les saisons de la série 24, ce à quoi le journaliste culture/sport Matteu Maestracci se fendait en réponse d’un magnifique “CHLOÉ, DO YOU COPY?”, qui résonnait chez tous ceux qui avaient déjà vu plus d’un épisode de la série.
Donc, Jack Bauer, travaille au CTU de Los Angeles, une unité anti-terroriste. Il débarque sur les écrans américains juste après le onze septembre, et il correspond assez bien à l’émotion du moment: la violence. Il est brutal, il n’hésite pas à taper des headshots à la pelle quand il n’a pas d’informations à obtenir par la torture, aucun terroriste n’a droit à la rédemption, et chaque cadavre n’est qu’une étape supplémentaire pour faire avancer l’enquête afin d’assurer la sécurité du peuple Américain.
Mais Jack Ryan arrive quinze ans plus tard: le monde en a assez des machos binaires, “gentils gentils” face aux “méchants méchants”. Ainsi, il n’est plus une homme d’action: il n’est qu’un simple analyste (qui a quand même déjà fait les SEALS, et une carrière dans la finance, on déconne pas) qui travaille à la CIA pour le CTC. Du jour au lendemain, son boss lui propose de l’accompagner au Yémen pour un interrogatoire car Skype est en maintenance. Il est moins manichéen, il est un peu plus à cheval sur les crimes de guerre, mais rassurez-vous: il va quand même taper des headshots.
Dans ces deux Jack que tout oppose, on retrouve vite le même problème: ils ne sont pas seuls. Pour Jack Bauer, il fallait supporter le fardeau de sa fille Kim: une ado rebelle, et très enquiquineuse. Dans la première saison, qui dure 24 heures, elle se fait kidnapper TROIS fois. Et TROIS FOIS son père doit la secourir EN PLUS de sauver la Démocratie Américaine. Lors de la deuxième saison, le problème est tel qu’il porte un nom bien précis: Trapped by Mountain Lions. Littéralement: piégée par les pumas. Donc, pendant que son père passe QUINZE HEURES à chercher une bombe nucléaire terroriste sur le sol américain, tout le plot de Kim (qui n’est lié en RIEN aux soucis terroristes du jour) se passe à essayer d’échapper à un mec qui bat sa femme, et fait qu’elle se retrouve coincée en montagne au milieu de pumas.
Pour Jack Ryan, il doit partager la vedette avec son boss (jusque-là ça va) qui lui sert à la fois de mentor et de vieux briscard qui va lui apprendre les ficelles du métier, mais aussi avec son adversaire, dont on prendra le temps de voir toute la vie de famille et son parcours de radicalisation, la femme de celui-ci qui a droit à sa mini-histoire aussi, et même à un pilote de drone qui n’aura AUCUNE incidence sur l’histoire1 et qu’on aurait pu couper sans problèmes.
Je peux comprendre que les shows veuillent se détacher des vieux méchants uni-dimensionnels et leur apporter du contexte, mais là, vraiment… on s’en fout. C’était intéressant dans Homeland car la série jouait sur la dualité du personnage de Nicholas Brody, et le pourquoi de son allégeance à l’ennemi: la réalisation et le personnage de Carrie à ses débuts étaient catastrophiques, mais le principe avait du sens. Ici, je me fous de savoir le pourquoi du comment du méchant, surtout qu’il est plutôt…banal, comme une histoire vue mille fois.
Not Tom Clancy’s Metal Gear Solid
Comme récemment avec une autre série, je me suis dit qu’il serait amusant de mater la série avec ChatGPT pour lui demander son avis sur le réalisme de certaines séquences. Ma première question a porté sur le langage parlé en Syrie: “De l’arabe, pas du Farsi?”. Et en effet, je me trompais, le Farsi est majoritairement parlé en Iran.
Malheureusement, on en est resté là en terme de réalisme. Dès le premier épisode, il y a plus d’infos sur son passé dans un article de journal qui expliquera en gros sur l’écran “CRASH D’HÉLICO MILITAIRE: UN SEUL SURVIVANT” plutôt que dans son dossier personnel à la CIA, et lorsqu’il doit prendre un hélico cinq minutes plus tard (ah bah tiens), on ne lui fait pas porter de casque2, on l’envoie en mission à l’autre bout du monde alors qu’il n’est qu’analyste de bureau. Une mission qui lui fera rencontrer un black ops de la CIA qui sait très bien manipuler les armes, et mener les hommes3, mais aussi le (littéralement) chef du nouvel ordre terroriste islamique, prêt à affaiblir la Puissance Américaine. Quel hasard, dis donc!
En fait, si Tom Clancy était connu pour des thrillers militaro-politiques réalistes, ici, on est vraiment sur du grand spectacle. J’avais envie de voir ça comme une sorte “Jack Ryan: Origins”, mais vraiment, il n’y a rien de réaliste ici, si ce n’est que tous les acteurs savent manipuler les armes de la bonne manière. En terme de tactique? Zéro pointé, et je le voyais avant même de demander son avis à ChatGPT… Comment débusquer des terroristes à Saint-Denis en région parisienne? On envoie l’IGPN, mais on fait passer deux motards de la police avant pour ouvrir la voie, et un véhicule du SAMU en frontal. Comment nettoyer un immeuble? On envoie directement des hommes au cinquième étage sans évacuer les civils avant. A quoi sert un bouclier dans un assaut? A taper deux headshots à bout portant puis à être jeté4. Comment entrer dans une pièce après avoir jeté une grenade aveuglante dedans? En plein milieu de la porte en prenant le plus d’espace possible. Que faire quand on croise une femme avec une ceinture d’explosifs? Laisser deux mecs face à elle pour négocier pendant qu’un troisième arrive par derrière pour taper un headshot, et fasse exploser l’immeuble. Ca fait sûrement beaucoup de points à Counter-Strike, mais c’est d’un ridicule absolu, et tout chauvinisme à part, j’avais du mal à croire qu’une unité d’assaut puisse agir de la sorte.
Tant qu’on était à l’étranger, la série a continué les délires du genre, avec notamment une course-poursuite supposée se passer près de la frontière Alpine, mais tournée au Québec, vu la marque la de station essence, et dont l’officier sur place portait bien l’écusson de la Gendarmerie de la région Rhône-Alpes. Un souci du détail inutile donc, vu qu’il était foutu en l’air par un autre détail mal branlé.
Étrangement, lorsque l’action revient sur le sol Américain, on retrouve un peu plus de réalisme dans les tactiques: le servie du JSOC décide de l’équipe qui effectuera la mission, les agents envoyés sur le terrain répètent dans un décor jusqu’à connaître tous les gestes par coeur, chacun d’eux connaît son rôle (évacuation des blessés, récupération du matériel ennemi, etc…), le sauvetage des otages passe par une scène où ils sont traités comme hostiles, fouillés, et leur visage est vérifié afin d’établir leur identité AVANT qu’on ne les foute dans un hélico pour rentrer à la maison,… De la même manière, plus tard, c’est le Secret Service5 qui dit à une infirmière qu’il n’a rien à foutre des malades de l’hôpital où ils se trouvent car sa mission est uniquement l’évacuation du Président. C’est “méchant”, mais ça colle aux principes tactiques de l’unité, et j’apprécie ce genre de logique en fiction.
Malgré tout cela, John Krasinski, l’ex “Jim” de The Office est toujours aussi agréable à suivre, et même si les mimiques de son précédent personnage ont pu me manquer un peu, il tient la route en bleu6 qui découvre le dur monde de l’anti-terrorisme. Clairement, le personnage a du potentiel, et j’espère que pour les prochaines saisons, il saura prendre un peu plus de temps à l’écran, au lieu de m’emmerder avec des personnages connexes.
Cette scène a juste le mérite de faire apparaître Lee Tergesen, que j’ai connu dans la série Code Lisa. L’acteur a un rôle qui relèverait presque du caméo, mais ça m’a fait sourire de voir son nom au générique. ↩︎
Cela dit, réalisme oblige, l’hélico continue de tourner après l’avoir déposé, et c’est réaliste: il faut plus de temps et d’essence pour redémarrer un hélicoptère que si on le laisse tourner au sol un quart d’heure. ↩︎
Vous apprendrez ainsi que dans l’armée américaine, les hommes sont entrainés à l’adaptabilité en situation d’urgence, et sont donc capables de suivre les ordres les plus “sensés” s’ils n’ont pas de gradé sur le terrain pour les diriger. ↩︎
Je ne plaisante pas, le bouclier sert à faire une avancée au milieu de la pièce, puis le soldat s’en débarrasse alors qu’il est au milieu des balles ↩︎
Contrairement à ce que son nom, le Secret Service ne correspond pas vraiment à nos “services secrets”, mais plutôt à la protection du Président des États Unis d’Amérique. ↩︎
Bon, techniquement c'est pas un bleu vu qu’il était chez les SEALs…. ↩︎
