📺 Spider-Noir
En 2018 est sorti le film animé Spider-Man: Into the Spider-Verse, un concept introduit en 2015 dans les comics. Si l’event dessiné pouvait se permettre d’utiliser une bonne trentaine de versions alternatives de Spider-Man, le film animé se limitait à cinq: un “classique”1, une spider- Gwen Stacy, un Spider-Cochon totalement cartoon, Peni, une fillette moé qui pilote un mécha araignée, et Spider-Noir, une déclinaison de Spider-Man dans un univers inspiré des récits pulp et Noir.
Pour appuyer encore plus leur expertise graphique, le studio s’était amusé à donner à chaque personnage ses gimmicks graphiques, appuyant encore plus l’aspect “alien” que chaque univers parallèle pouvait avoir pour les autres protagonistes2. Donc, Spider-Cochon était un toon, Peni était fluo comme un animé japonais, et Spider-Noir était…en noir et blanc.
C’était une vraie réussite, à tous les niveaux, si bien que même si la série de films Spider-Verse est désormais coincée dans l’enfer du développement, le Spider-Noir a eu un tel succès qu’une adaptation live a été validée, avec dans le rôle principal, son doubleur dans la version animée: Nicolas Cage.
Les Araignées, c’est mon problème
Dès la première minute, je suis allé demander à mon LLM favori ce que Nicolas Cage foutait là. Oui, car il doublait déjà le personnage dans le film animé. Mais vraiment: comment un personnage aussi secondaire et improbable avait-il pu obtenir un acteur aussi célèbre pour l’incarner? Bien sûr, car il est un fan inconditionnel de films d’époque, d’ Humphrey Bogart, de comic books3,… Mais non, vraiment, POURQUOI lui?
La réponse m’a surpris, mais elle a tout de suite fait sens pour moi: pour incarner proprement ce personnage, il fallait être capable de l’incarner sérieusement mais avec la touche nécessaire de parodie pour que le public l’accepte sans que son sérieux ne le rende insupportable à suivre.
Dans Spider-Verse, Spider-Noir était le straight man, portait une arme à feu,… et pourtant à aucun moment le sérieux de son monde n’a clashé avec le monde animé dans lequel il évoluait…
L’Araignée sonne toujours deux fois
Même si le comic book original n’employait pas ce gimmick4, l’utilisation du Noir et Blanc pour coller aux films d’époque est restée collée à l’image du personnage et même si quelques films récents ont publié des “versions N&B”5, il a été décidé dès la genèse de ce projet qu’il serait tourné en noir et blanc, faisant de la version couleur la version “adaptée”.
Je n’ai pas perdu de temps à regarder la version couleur, tant la version en noir et blanc est magnifique. Comme l'a souligné l'ami (parasocial) Durendal, la série reprend les codes et méthodes de l’époque pour donner un résultat aussi crédible techniquement qu’artistiquement. Je ne vais pas dire chaque scène est un tableau, mais nous y sommes presque. L’identité visuelle très forte est aussi un grand plaisir, tant trop d’oeuvres récentes paraissent copiées-collées sans le moindre effort visuel.
Ascenseur pour l’Araignée
Pour l’histoire, je suis un peu plus mitigé. Elle est très claire et ne s’embourbe pas dans des références comic-book qui pourraient perdre le spectateur6, mais je la trouve bien trop centrée sur le personnage de Ben Reilly/The Spider et ses origines, alors que je me serais attendu à un mystère plus “Noir”. Bien sûr, la série n’en manque pas, commençant par une sombre affaire de chantage, sur fond de prohibition, et même une femme fatale qui chante dans un cabaret…
Ça n’empêche pas l’intrigue d’être prenante, d’avoir son lot de mystères et de questions, de filatures et de traîtres,… Mais je ne m’attendais pas au détour “scientifique” de la série. Ce qui est paradoxal, car je l’ai adoré!
Araignée sur la mort
Pour un épisode, la série change totalement de registre, revenant sur les origines des pouvoirs de notre Spider et reprenant cette fois les codes des films d’horreur de l’époque, comme si l’on était dans La Mouche noire. C’est magnifique, et la production n’hésite pas à user de nouveaux gimmicks: ellipses plongeantes, vertiges, dimensions absurdes,… Impossible de parler de cette série sans mentionner la réussite de cet épisode dont je pense qu’il n’a pas marqué que moi!
L’Araignée Maltaise
Dans tout ce déluge artistique, les personnages servent l’intrigue et le décor sans jamais voler la vedette, ni non plus s’effacer. Ainsi, Janet, la secrétaire fidèle, n’est pas un faire-valoir incapable, elle est respectée en tant que personnage, mais la série n’embarrasse pas le spectateur avec une intrigue sur sa vie qui n’aurait pas sa place dans la série.
Il en va de même pour Robbie, l’ami fidèle, journaliste noir qui cherche à se faire une place au Daily Bugle. La série lui permet d’évoluer grâce à son talent de journaliste, mais utilise d’habiles détails pour rappeler au spectateur que le racisme est encore important à cette époque, employant le show don’t tell plutôt que de perdre dix minutes dans une scène sur-explicative qui aurait dénaturé le propos global de la série.
La femme fatale est parfaite, bien évidemment. Je n’aurais jamais pensé à faire incarner Felicia "Cat" Hardy par une actrice asiatique7, et de manière ironique, il a fallu que je regarde sa page Wikipedia pour l’apprendre, car à l’écran, elle a cette beauté de porcelaine qu’ont toutes les “poupées” des films d’époque.
Le grand Araignée
Et pour couronner ce magnifique gâteau, il y a notre acteur vedette. Impossible de mettre assez de qualificatifs sur la qualité de son jeu, qui est toujours juste, avec exactement le bon niveau de cabotinage, le mélange parfait de force et de lassitude de la vie, la détermination de l’habitué qui garde sa morgue alors qu’il sait qu’il va se faire tabasser par des gorilles.
Chaque plan où il apparaît renforce l’évidence de ce choix de casting, et ne donne qu’une envie: en voir encore plus de lui dans ce rôle.
J’ai souvent pensé: “J’aimerais être Keanu Reeves, mais je ne suis que Nicolas Cage”. Désormais, je n’aspire plus qu’à arriver à la cheville de Nicolas Cage.
Que beaucoup soupçonnent d’être celui de la trilogie de films de Sam Raimi. ↩︎
Et c’est bien mieux que les univers parallèles genre “le feu rouge il est vert”… ↩︎
Oui, son surnom vient bien du Héros à Louer. ↩︎
Et ce n’est pas non plus le cas du dernier comic-book sur le personnage, paru en 2025. ↩︎
Au pif et de tête: Parasite, Mad Max: Fury Road, Godzilla Minus One,… ↩︎
D’ailleurs…il n’y a que QUATRE personnages dont le nom va directement ramener à un personnage “classique” des aventures de Spider-Man. ↩︎
Dont le premier rôle cinéma était dans Casse-tête chinois, cocorico! ↩︎
