đș Lazarus
Des fois jâai un peu du mal Ă comprendre ce quâessaye de faire ShinichirĆ Watanabe, le gĂ©nial crĂ©ateur de Cowboy Bebop. Jâai un peu lâimpression quâil a eu le malheur de commencer par des succĂšs (accidentels?) sans jamais pouvoir les rĂ©pĂ©ter. Si Samurai Champloo tenait la route, et si jâai relativement apprĂ©ciĂ© Kids on the Slope et Space Dandy, qui arrivaient Ă trouver leur propre voie sans ĂȘtre des rĂ©ponses Ă âOn veut plus de Cowboy Bebop!â, lorsquâest arrivĂ© Terror in Resonance, alors lĂ , jâai aimĂ©, mais jâai plus rien compris.
Watanaplurienafoutre
Dans Terror in Resonance, on revenait Ă ce mix Cowboy Bebop-esque de musique (Islandaise ici1) par Yoko Kanno, de la hard-SF, de lâaction et des explosions, de la critique sociale,⊠Mais vraiment, aprĂšs treize Ă©pisodes, une espĂšce de chasse-Ă -lâhomme sur YouTube qui donnera un sens de âoh câest moderneâ, ça se termine vraiment en queue de poisson, et Ă part quâil y avait un programme de jeunes gĂ©nies pour en faire des armes humaines, on apprendra rien. SĂ©rieusement, Ă part une sublime scĂšne de fuite Ă moto dont le montage me hante encore onze ans plus tard, plus une scĂšne trop spoiler pour en parler, rien ne me liait Ă ces personnages.
Donc logiquement, quand Carole and Tuesday a Ă©tĂ© annoncĂ© pour 2019, sur commande de Netflix, et quâil Ă©tait annoncĂ© que la musique serait au coeur de lâintrigue, jâai flairĂ© une Ă©niĂšme arnaque et jâai mis de cĂŽtĂ©.
Dans Lazarus, exit lâomniprĂ©sence de la musique, cette fois on a juste de la belle animation (ah putain les sakugas du hĂ©ros qui se bastonne, on en a soupĂ©!), et un propos futuriste. Le speech est simple: dans le futur, il existe une drogue qui protĂšge de toute douleur, jusquâĂ ce que son crĂ©ateur, Ă la Aeolia Scheinberg2, rĂ©vĂšle son plan Ă lâhumanitĂ©: âEn fait, cette drogue est aussi un virus, dans 30 jours vous allez tous mourir, ciaoâ. La NSA met donc sur pied lâĂ©quipe secrĂšte Lazarus, formĂ©e dâanciens criminels full-valeurs pour retrouver le docteur et obtenir lâantidote. Ca alors, encore une chasse Ă lâhomme, ça sent mauvais, non?
La non-résurrection
Le propos est intĂ©ressant, mais en seulement treize Ă©pisodes, la sĂ©rie a malheureusement trop et pas assez de temps Ă la fois. Jâai lâimpression que les Ă©vĂšnements sont tous compressĂ©s comme dans Eden of the East. Par exemple, il pourrait y avoir tout un lore sur la rĂ©action de lâhumanitĂ© face Ă cette mort imminente, car contrairement Ă beaucoup dâoeuvres plutĂŽt cyniques, celle-ci fait le choix de dĂ©peindre une humanitĂ© qui sâen fout un peu et continue de vivre normalement, sans nous ennuyer de scĂšnes dâĂ©meutes vues et revues, avec juste lâespoir que la situation se rĂ©solve. Câest un propos trĂšs intĂ©ressant, sauf quâil est Ă peine soulevĂ©. En fait, si on ne voyait pas cette Ă©quipe chercher une solution, on se dirait presque que câest pas si mal et que ce problĂšme nâen est pas un.
Et en soi, mĂȘme la chasse Ă lâhomme nâa rien de vraiment intĂ©ressant tant elle paraĂźt convenue: Ă chaque Ă©tape, un membre de lâĂ©quipe va faire un pas en avant et dire âAh oui, câest mon Ă©pisodeâ, et lâon dĂ©couvrira que lâindice du jour ne touche pas uniquement Ă son domaine de compĂ©tence, mais carrĂ©ment Ă son existence. Au bout dâun moment, on perd mĂȘme un Ă©pisode entier dĂ©diĂ© Ă secourir une membre qui a Ă©tĂ© capturĂ©e par ses anciens camarades dâarmes. Câest bien gentil, mais ça nâa rien Ă faire dans le propos, on avait dâautres choses Ă raconter, et on pouvait lui donner une backstory sans tomber dans ces travers. De la mĂȘme maniĂšre, les autres personnages auraient aussi pu avoir des backstories qui ne sont pas toutes une variation de âJe suis liĂ©(e) Ă lâĂ©vĂšnement du jour car je connais personnellement la personne qui permet dâaccĂ©der Ă lâindiceâ.
Comble du ridicule, dans lâĂ©pisode qui suit, et tandis que lâĂ©quipe nâa âplus que dix joursâ dâaprĂšs le gĂ©nĂ©rique de fin, une commission dâenquĂȘte est rĂ©unie, dans laquelle la nĂ©cessitĂ© du sauvetage est dĂ©battue. Un Ă©pisode entier sur ça, et juste ça. Vraiment quelle perte de temps, pour au final nâeffleurer que des sujets, comme par exemple lâ InsensibilitĂ© congĂ©nitale Ă la douleur, sans jamais creuser trop loin ni donner lâimpression de raconter quoi que ce soit. MĂȘme le docteur, une fois trouvĂ©, nâa rien dâintĂ©ressant Ă dire, et aucun laĂŻus sur lâhumanitĂ© qui rĂ©sonnera chez le spectateurâŠ
Clairement, Watanabe a perdu de sa superbe. Si relire les notes en ligne de Carole and Tuesday lors de lâĂ©criture de cet article mâa un peu plus ouvert Ă lâidĂ©e de donner sa chance Ă cette sĂ©rie, pour Lazarus, la production est Ă la hauteur, mais en terme de scĂ©nario et de personnages, câest creux et sans le moindre intĂ©rĂȘt. Dans le mĂȘme genre, et en bien plus intĂ©ressant, prĂ©fĂ©rez-lui donc Eden of the East, ne serait-ce que parce quâune partie de lâintrigue se dĂ©roule Ă Odaiba.
On doit beaucoup de chansons de la bande originale Ă ArnĂłr Dan, un musicien Islandais que vous pouvez connaĂźtre pour une somptueuse reprise de JoÌga de Björk. ↩︎
Dans Gundam 00, Aeolia Scheinberg est un scientifique de gĂ©nie, mort depuis deux siĂšcles, et qui a mis en place la technologie et les Ă©vĂšnements pour organiser une guerre mondiale qui unira le bloc terrestre, afin que celui-ci soit prĂȘt Ă rencontrer les extra-terrestres. ↩︎