🎮 Batbarian: Testament Of The Primordials
En soit, je suis une personne simple: je vois qu’un jeu est un Metroidvania, je teste.
Plongée dans une cave-vania
Cette simplicité est vite mise à mal par la réalité du marché: le genre est populaire, donc il attire joueurs et développeurs, donc l’offre est grande. Parfois trop. Si bien que les jeux vont souvent essayer de proposer leur petite sauce pour les sortir du lot. C’est ainsi qu’on trouve des propositions très étranges comme Chasm le “metroidvania à génération procédurale1” qui m’a laissé de marbre, mais aussi SteamWorld Dig 2 que j’ai beaucoup aimé et dans lequel le joueur peut lui-même creuser son chemin, tandis que le très joli Guacamelee! emprunte à la culture mexicaine de la lucha libre, et Axiom Verge met le joueur face à de l’horreur eldrichtienne,…
Et bien Batbarian, lui, propose…une chauve-souris. Qui brille.
C’est assez fou, mais après quinze heures de jeu, je n’ai pas pu utiliser de double-saut, alors que c’est un pilier du genre. Non, je n’avais qu’une option pour avancer: l’élément que ma chauve-souris allait émettre, entre lumière, feu, et glace. Et vu qu’on ne contrôle pas une chauve-souris comme un contrôle un personnage humain, tout repose sur des fruits que la chauve-souris aime (ou pas) et qu’il faudra jeter avec adresse sur les plate-formes pour l’amener à illuminer une torche en hauteur ici, brûler une plante là, geler un ennemi,…
Ainsi, chaque écran devient (à sa première traversée) une énigme, avec à la clé, l’avancement vers la salle suivante, voire des objets bonus. Les types de fruits et les éléments ont tous des interactions assez poussées avec les éléments du décor et les ennemis, et il faudra parfois changer d’élément en plein milieu d’une action (être en flamme pour sauter à travers des ronces afin qu’elles prennent feu, puis repasser en lumière pour illuminer un interrupteur qui fera apparaître une plate-forme sous nos pieds), appelant à la plus grande dextérité chez le joueur.
Des ombres au tableau
Si cette difficulté et la dextérité que demandent certaines salles peut se résoudre par un classique “git gud”2, l’obscurité du processus de certaines peut parfois se révéler très frustrant. Et si l’on pourrait espérer que seules les salles “bonus” seraient touchées, malheureusement, l’aventure principale en souffre aussi, et l’on se retrouvera plusieurs fois à s’entêter dans des voies sans issues mal foutues. Pas seulement car l’on n’a aucune idée d’où il faut aller, mais vraiment car les développeurs ont été capables de décorer deux écrans, avec ennemis, et même un dialogue, pour…rien. J’ai forcé et pesté pour défoncer cette bande d’ogres bien trop puissante pour moi, tout cela pour voir qu’il n’y avait rien à récupérer ici.
Le jeu possède bien un “mode assisté” qui permet de faciliter les combats, mais rien en ce qui concerne l’exploration et la navigation, et même les combats peuvent parfois soulever un sentiment d’injustice tant certains ennemis sont juste impossibles à battre sans chercher d’aide en ligne: même en connaissant les correspondances d’éléments et de couleurs d’ennemis, qui saura que l’ennemi invisible qui se balade dans le décor doit être 1) trouvé 2) révélé avec de la lumière 3) blessé avec du feu, avant d’être enfin éliminé?
Quand à l’histoire…vu le titre du jeu, et le type de héros, j’espérais une sorte de plaisir coupable et décadent, mais non. Le scénario est complexe, il y a plusieurs couches, voire trop, et au bout d’un moment, j’ai décroché car je me sentais face à la même diarrhée verbale que celle de Timespinner, qui malgré son gameplay aux petits oignons, décidait soudainement de lâcher des mots-clés de la sexualité sans qu’aucune autre construction des personnages ne soit faite de tout le jeu, à un point où j’en regrettais presque les dialogues sans saveur de Fire Emblem: Awakening3.
Clairement, il manque des choses dans Batbarian. Il y a des idées intéressantes, et toute la partie exploration/résolution de puzzle est très plaisante, mais il donne encore l’impression de manquer de polish. Un très bon moment malgré des erreurs de débutant.
Ce terme barbare désigne un jeu dont l’ensemble des éléments sont assemblés au hasard à partir d’une pile d’éléments communs, comme avec une boite de LEGO. ↩︎
En anglais: “ta k etre meilleur”. ↩︎
Dans Fire Emblem: Awakening, les personnages gagnent en affinité, sur quatre niveaux/saynètes, la dernière étant réservée à la déclaration d’amour. Même huit ans après avoir fini le jeu, je suis encore hanté par la platitude avec laquelle les relations se construisent au travers de TROIS conversations, avant d’arriver à la demande en mariage. ↩︎
