🎬 Natacha (presque) hôtesse de l'air
Je crois que la plus grande décadence des icônes féministes lors d’adaptation d’un média à un autre est leur besoin d’affirmer à haute voix que ces personnages sont féministes et évoquent une certaine forme de pouvoir, au lieu de juste montrer ces personnages exister et être féministes d’eux-mêmes. On n’imaginerait pas Yoko Tsuno tenter de justifier son indépendance en tant que femme, car le personnage à elle seule incarne cette force, et a constamment le caractère (et la répartie!) nécessaire pour remettre à sa place quiconque voudrait en faire une femme en détresse.
C’est donc là tout le malheur de Natacha, l’hôtesse de l’air imaginée par François Walthéry, qui devient une héroïne de film, sous la réalisation de Noémie Saglio1…
Natacha (presque) une femme
Le film s’ouvre sur Natacha, enfant, dans les années…50-60, et déjà enfant, elle se plaint autant de la voix-off qui commente sa vie, que des “phallocrates” qui décident de la vie des femmes pour elles. Bien évidemment, sa mère est femme au foyer, et son père un mari fainéant qui n’attend que sa Suze à seize heures, ce qui sera un running gag pour tous les “vieux mâles” du film.
Son rêve étant de sortir de la route qui l’attend, elle veut devenir hôtesse de l’air, mais bien sûr, elle a beau être “mannequin plus-plus”2, étant donné qu’elle n’est ni particulièrement gracieuse, ni même aimable, et surtout “trop grande”, elle sera constamment rabaissée et refusée par Walther, qui passe donc d’un rôle de partenaire de confiance digne de Scully pour Mulder, à un personnage limite antagoniste…
Natacha (presque) autour du monde
Le reste de l’histoire reprend à peu près le scénario de l’album L'Hôtesse et Monna Lisa et traite du vol de la Joconde, qui se produit alors que notre héroïne arrive à s’incruster sur un vol pour remplacer une hôtesse. Par d’habiles tours de passe-passe, elle n’aura même pas le temps d’embarquer dans l’avion qu’elle sera trimballée en camionnette, puis en bateau,… dans une aventure assez cantonnée entre la France et l’Italie. Même si les paysages sont jolis, c’est vraiment assez faible, surtout quand le personnage originel n’a connu que très peu d’aventures où l’avion n’était pas le moyen de transport principal3.
Natacha (presque) dans le bon ton
En fait, tout semble à côté. Il n’y a aucune raison pour que Walther soit aussi antagoniste envers Natacha. Tout comme le personnage du “méchant”4 est annoncé dès le début du film mais change en plein milieu de manière ridicule, pour soudainement bifurquer sur une intrigue secondaire assez tordue et indigne du Bechdel Test où deux femmes vont se battre pour un homme ET la Joconde (qu’à ce point-là, on a presque oubliée). Et puis il y a les dialogues, qui n’ont vraiment rien à foutre dans un film qui se déroule dans les années 60, entre le féminisme-troisième-vague de Natacha à 6 ans, et des dialogues remplies de références qui mélangent tout, sans vraiment arriver à cibler un public précis.
Ainsi, alors que l’aventure est passée par St. Tropez, et que le personnage de Bernard Fouard-Michel, dit BFM, un conspirationniste étrange qui fait des références à des évènements futurs, a été introduit, le film nous gratifie de ce chef-d’oeuvre de stupidité:
Les gendarmes de St. Tropez ont débarqué à l’adresse indiquée par BFM.
― Natacha (presque) hôtesse de l’air
Je ne trouve rien à sauver de ce film, même en tant que préquelle, et s’il a le bon ton d’enfin placer Natacha dans un avion pour sa scène finale, il trouve encore le moyen de gâcher cette scène en lui faisant rencontrer physiquement le narrateur, campé par Fabrice Luchini. Désolé, mais quitte à lui faire rencontrer une “figure divine”, j’aurais mille fois préféré un caméo de François Walthéry…
Au final, même si le film est “bien” réalisé, je ne trouve rien à récupérer de ce film. Pire encore, à la même période, je regardais Sterwardess Monogatari, une série au pitch similaire. La série a beau dater de 1983, et promouvoir des relents dégueulasses du patriarcat Japonais, elle voyage encore plus loin5, et au-delà de la personnage principal qui “bataille pour l’amour”, sa quête reste celle de l’apprentissage (réel!) du métier d’hôtesse de l’air pour une compagnie internationale. Vraiment, si un J-Drama de 1983 fait mieux qu’un film de 2025, quel intérêt à regarder ce film?
Dont j’avais adoré ses deux premiers films: Toute Première Fois et surtout Connasse, princesse des cœurs! ↩︎
Qui peut croire une seconde que l’on refuserait à Camille Lou de devenir hôtesse de l’air? ↩︎
Là encore, comme chez Hayao Miyazaki ou Roger Leloup, on ressent l’amour de dessiner des véhicules dans la décision artistique. ↩︎
Il faudrait étudier pourquoi Didier Bourdon est utilisé comme antagoniste par autant de franchises de mon enfance. ↩︎
Attendez un peu que je la termine et que j’écrive un article dessus, on y trouve des scènes tournées à Marseille, à Cassis,… Et les personnages parlent un français nickel! ↩︎
