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📚 J'ai Vendu Mon Âme en Bitcoins

En 2014, Jake Adelstein découvre les monnaies virtuelles en même temps que l’effondrement de Mt. Gox, la plus grande plateforme d’échange de bitcoins au monde basée à Tokyo. Celle-ci annonce la disparition de 850 000 bitcoins, l’équivalent de 500 millions de dollars. Contre toute attente, c’est son créateur et dirigeant qui est le principal suspect de la police japonaise : Mark Karpelès, un jeune Français qui n’a pas encore 30 ans. Mark devient alors le centre de la plus grande affaire criminelle de l’ère numérique. Tout le monde veut sa peau : la police japonaise, le FBI et les milliers de particuliers qui ont perdu leurs économies dans ce braquage d’un nouveau genre.
Au cours de son enquête, Jake Adelstein rencontre les pionniers du Bitcoin : idéalistes, geeks, libertariens, profiteurs ou spéculateurs, et tente de répondre à ces deux questions : qui a fait le coup ? Où sont passés les bitcoins ?

Quitte à lire encore un bouquin de Jake Adelstein, autant foncer et finir de lire tout ce que le journaliste a publié. En plus, ce quatrième livre est à l’intersection de choses que j’apprécie: le Japon, le crime, l’enquête, et la technologie. Tout devrait bien se passer, non?

Au commencement était la chaîne de blocks

J’entends parler du Bitcoin depuis au moins 2012 quand celui-ci passait d’une dizaine de dollars à un petit millier. Mes amis ou mes connaissances d’Epitech avaient accès soit à des machines plus performantes pouvant miner du Bitcoin, soit à un parc entier d’environ mille machines très souvent inactives et sur lesquelles il serait très facile de faire tourner des logiciels de mining en boucle. Mais malgré l’attrait technologique, l’opportunité n’était pas là pour moi: je n’avais pas les moyens d’en acheter, et dix ans plus tard je n’ai toujours pas la fibre de “risque” pour jouer à l’investisseur prêt à perdre de l’argent pour tester une opportunité.

Treize ans plus tard, et malgré des aventures en cryptomonnaie, dont une qui a failli me payer un Macbook neuf en un weekend, une autre qui m’a rappelé les jeux d’aventure en ligne1, ou même d’avoir essayé de suivre une communauté pour comprendre ses us et coutumes, je reste très fier de moi: même après avoir m’être fait hacker mon wallet personnel (et perdu la crypto-monnaie qui aurait pu me payer le sus-mentionné Macbook neuf!), toute ma “fortune” en crypto-monnaies s’est faite sans jamais y investir mon argent réel dans ces jeux truqué des “investissements” qui n’existent que comme des jeux à sommes nulles où un investisseur va gagner car un autre aura perdu: ces jeux ne m’intéressent pas, et même si je connais la règle “n’investissez jamais d’argent que vous n’êtes pas prêt à perdre”, aucun “projet” ne m’intéresse assez pour que je puisse me dire “je veux investir dans ça”.

A l’opposée, j’ai commencé il y a quelques mois à mettre mensuellement 20€ dans les actions Nintendo, sans me préoccuper du cours (au-delà de m’exclamer “A moi la fortune!!” en riant dès que l’action augmente de plus d’un pour-cent). Mes contemplations du monde de la crypto ne m’ont mené qu’à être le témoin de personnalités qui se retrouvent bouffées par la dopamine que procurent des courbes de cours qui auront la chance de grimper avant d’inévitablement “faire tapis2.

Même si j’adore et comprend la technologie3, et suis très fan des projets qui utilisent les blockchains comme une “source de vérité décentralisée”, ou comme hébergement d’applications mineures et dénuées de contrôle4, je suis malheureusement conscient qu’en 2025, après les booms des “ICO”5 puis des “NFTs”6, la technologie n’a toujours pas trouvé d’application légitime auprès du grand public, et en dehors d’utilisations technologiques spécialisés, nous en sommes toujours loin. Ainsi, j’en reste très critique.

Tribulations d’un Français en Japon

En parallèle de ces histoires (que le livre ne touche pas car il a été publié trop tôt, et ne touche qu’au Bitcoin7), un autre monde s’est développé autour de la monnaie décentralisée et le livre revient dessus, sans trop se dévier du sujet principal. On suivra notamment Silk Road, la marketplace de la drogue qui fût l’un des leviers de l’ascension du Bitcoin, mais surtout, Mt. Gox, une plateforme qui servait initialement à l’échange de cartes Magic The Gathering8 et est très vite devenue la principale plateforme d’achat et revente de Bitcoin.

Le livre suit la destinée très particulière de ce site, et de son dernier propriétaire, le français expatrié Mark Karpelès. De sa présence au Japon, et sa proximité avec l’avocat de Mark, Jake Adelstein est aux premières loges pour traiter l’affaire et ses multiples rebondissements, qui seront traités dans ce livre.

En plus d’un livre sur les cryptomonnaies, on y trouve aussi une critique de la société judiciaire Japonaise et sa recherche d’un coupable “médiatique” plus que de la vérité, ainsi que quelques descriptions de la culture du “loisir sexuel” au Japon, qui me semblent parfois très éloignées du sujet et juste incluses pour donner un peu plus de “couleur locale” au propos du livre…

Questions sans réponses

Le livre fût publié le 7 Mars 2019, tandis que le jugement de Karpelès fût rendu le 14 Mars: Mark Karpelès était ainsi acquitté des accusations de détournement.

A plusieurs reprises, le livre rappelle lui-même sa méconnaissance du futur, et cela m’ennuie. Je ne sais pas si l’édition 20259 est à jour sur ces questions, mais clairement, mon édition n’était pas complète, et j’en viens à me demander s’il est vraiment “intéressant” de lire ce livre que j’ai complété en une après-midi. Même la question initiale, qui a fait le coup ? Où sont passés les bitcoins ? ne trouve pas de réponses dans ce livre, et en effet, la réponse ne fût dévoilée par le gouvernement américain qu’en 2023…

Je ne lis pas assez de grands livres d’enquête pour savoir si la pratique est courante, mais j’avoue que ce livre m’ennuie beaucoup en termes de complétude. Peut-être que le livre n’est pas pour moi car je connais déjà assez le sujet, et que ma mère ou mon frère prendraient plus de plaisir à le lire pour découvrir les tenants de cette affaire, sans les aboutissants. De même, au-delà d’une enveloppe de dossiers confidentiels déposés aux bureaux de Jake Adelstein, et de nourrir les chats de l’accusé, la proportion d’enquête paraît vraiment “faible” comparée à celles dont l’auteur s’est montré capable par le passé ce qui est vraiment ennuyeux. Pour peu, on croirait lire un livre qui ne se fait que la synthèse des articles publiés à l’époque sur le sujet, ce qui est en partie le cas vu que l’auteur de ces articles est aussi l’auteur du livre…

La prose de Jake Adelstein est toujours aussi agréable à lire. Malheureusement, à moins de dévoiler à nouveau les dessous d’une affaire, il lui sera difficile de faire mieux que son magnum opus…


  1. Le projet Corruption(s*) est très obscur, et en dehors de Twitter, et du serveur Discord dédié, il a été difficile d’en trouver des informations publiques, mais ce que j’en ai vu était très intéressant. ↩︎

  2. Comme on dit dans le milieu: un rug pull. ↩︎

  3. Je la comprends, comme je comprends comment fonctionne un moteur à combustion mais ne saurais pas le reconstruire de zéro: je ne comprends AUCUNE des équations qui font tourner une blockchain. ↩︎

  4. Ce qui reste toujours une source d’anxiété pour moi: légalement, à quel point le créateur d’un tel programme sera-t-il responsable de contenus litigieux qui seraient publiés à l’aide d’une telle application? ↩︎

  5. Dérivées des IPO (Initial Public Offering), les ICO (Iinitial Coin Offering) étaient des invitations à investir dans des projets, qui se sont à peu près tous révélés être des arnaques. ↩︎

  6. Les NFT (Non Fungible Tokens) font référence à un protocole de la blockchain Ethereum qui permettait de distinguer uniquement chaque objet créé. Si l’application technologique est très intéressante (par exemple, pour un fournisseur, il peut être pratique de différencier deux marchandises qui sont les mêmes, mais acquises à des prix différents), elle n’a majoritairement été utilisée que pour la promotion d’arnaques diverses à bases d’inflations et de marchés faussés. ↩︎

  7. La technologie initiale de “blockchain” peut être déclinée et dérivée à l’infini. Ainsi, en plus de la blockchain “Bitcoin”, il existe notamment des blockchain “Ethereum” (qui y ajoute la capacité d’héberger des applications, et donc la création de sous-tokens, ou de NFTs) et “Solana” (qui y ajoute à son tour le support natif des tokens et des NFTs), mais une centaine d’autres existent. ↩︎

  8. Le nom Mt. Gox signifiant Magic The Gathering Online e*X**change. ↩︎

  9. Renommée The Devil Takes Bitcoin. ↩︎

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