📺 Le Secret du Sable Bleu
Si je vous parle d’une série s’inspirant de l’oeuvre de Jules Vernes, sur une jeune fille seule en Europe au début du XXème siècle, qui va partir dans une aventure dans des contrées lointaines, accompagnée d’un garçon et d’un animal de compagnie, pour se retrouver au coeur d’un conflit lié à un mystérieux matériau bleu,… à quoi pensez-vous?
Vous devinez au titre de cet article que je ne vais pas parler de Nadia, le secret de l'eau bleue…
La Nadia de Wish
Lorsqu’est sorti au cinéma Atlantide, l'empire perdu de Disney en 2001, le magazine AnimeLand rapportait que pas mal de journaux grand publics avaient notés la copie faite par la firme aux grandes oreilles sur l’oeuvre de Hideaki Anno1, et y répondait peu ou prou de la manière suivante: “Il n’y a pas de copie: en effet, les deux oeuvres prenant racine dans le même terreau, il était donc normal qu’elles grandissent avec des formes similaires”. Je rejoins ce sentiment, car en effet les deux travaux ont des éléments similaires, mais restent vraiment très distinct.
Pour le machin2 dont on va parler aujourd’hui, c’est bien plus complexe. L’inspiration vient des romans Face au drapeau, qui parle de l’inquiétude de l’écrivain pour les avancées technologiques guerrières, et L'Étonnante Aventure de la mission Barsac, dont il est plus proche d’être une adaptation.
Et malheureusement, ça ne colle pas, et l’anime se retrouve à jongler entre-deux. D’un côté, il raconte les aventures de Jane Buxton, notre héroïne, à la recherche de son frère, et de l’autre il la mêle à la fameuse mission Barsac, qui relève plus de la mission de contre-espionnage gouvernemental. Mais au final, chacune des deux histoires n’est qu’à moitié racontée, et on commence à vite s’ennuyer de Jane, qui a vraiment l’air de plus tourner en rond que les héros de Stardust Crusaders…
Lorsque l’on atteint enfin le endgame, l’anime nous présente une sorte de cité futuriste, presque extra-terrestre, et vient allègrement copier des plans de Nadia, au point que je me demandais si le démantèlement du studio Gainax n’avait pas mené à la disparition de certains storyboards qui se seraient retrouvés dérobés par d’autres studios3… Et là encore, ça ne colle pas. Tout l’aspect grandiose et épique du vilain Argon et sa Néo Atlantis tenaient à la cruauté infinie du personnage, qui n’avait aucun respect pour la vie, quelle qu’elle soit.
Ici, nous avons juste un vieux gangster mou, qui a manqué de l’amour de sa maman, et a décidé d’être…même pas “méchant”, juste “égoïste”, dans une course effrénée vers le “Je veux faire quelque chose de grand, je veux être quelqu’un!”. Même si cette utopie du futur repose sur le travail forcé, le spectateur en est témoin sur trois plans, et en dehors d’engrosser une population riche et oisive qui ne pense qu’à l’or (pour le dépenser comment? on les voit juste se jeter dessus sans avoir idée si l’argent est encore une métrique…), on ne la voit jamais développer d’ambitions belliqueuses, rendant encore plus incongrue la position de la mission Barsac, qui devient donc un nouvel outil colonisateur4.
De 1969 à 1997, le projet World Masterpiece Theater de la chaine Fuji TV5 a réalisé, avec succès et talent, des adaptations de classiques mondiaux de la littérature pour enfants. Préférez n’importe laquelle de ces productions, plutôt que cet étron ennuyeux qu’a été Le Secret du Sable Bleu..
Probablement en revanche d’être la génération qui pouvait élever la voix contre la firme américaine et sa manière de dérober les histoires des autres, comme ce fût le cas pour Le Roi lion, qui pompait sur Le Roi Léo d’ Osamu Tezuka. ↩︎
Je refuse d’appeler ça une “oeuvre”. ↩︎
Ce n’est bien évidemment pas le cas. ↩︎
Encore plus cocasse vu qu’ils viennent d’Angleterre… ↩︎
Dont les studios sont à Odaiba! ↩︎
