đ La Petite Fille Que J'ai TuĂ©e
âHazama me raccompagna jusquâĂ la sortie du restaurant, puis mâannonça que je nâavais pas Ă payer lâaddition, car son souhait Ă©tait de me revoir prochainement Chez Alice. Comme je nâavais nulle intention de revenir, jâinsistai pour payer et dĂ©campai.â
â La Petite Fille Que Jâai TuĂ©e, de Ryo Hara, traduction © Ateliers Akatombo
A chaque phrase que prononce le dĂ©tective Sawazaki, je nâai quâune envie: poser mon imperâ et mon fĂ©dora sur le porte-manteaux, sortir une bouteille de whisky dâun tiroir de mon bureau, allumer une cigarette sans filtre, et demander Ă cette femme fatale venue mâinformer de la disparition de son mari si celui-ci avait des ennemis, tandis que je songe doucement Ă mon ex-femme qui doit probablement parler de moi en ces termes Ă son nouveau mari.
Natsume SĆseki et Nitobe InazĆ
On retrouve Sawazaki impliquĂ© pour dâĂ©tranges raisons dans une affaire dâenlĂšvement dâenfants, de loubards belliqueux, et de remise de rançon qui finit mal. Un peu en-deçà du prĂ©cĂ©dent: on sent que lâauteur essaie Ă prĂ©sent de dĂ©velopper un univers entier, et lâon se retrouve Ă devoir dĂ©laisser lâenquĂȘte le temps dâun demi-chapitre pour suivre une idĂ©e qui sera peut-ĂȘtre exploitĂ©e dans un futur livre, mais qui ici, ne sert vraiment Ă rien narrativement parlant.
Je mâĂ©tais dĂ©jĂ exprimĂ© sur les traductions un peu hasardeuses de lâĂ©diteur, mais ici, je me sens dĂ©jĂ plus Ă lâaise. JâapprĂ©cie notamment le soins dâadapter les billets que le dĂ©tective refile Ă ses divers indics: celui Ă lâeffigie de Natsume SĆseki est citĂ© du nom de son porteur et de son montant, tandis que celui Ă lâeffigie de Nitobe InazĆ, un personnage plus obscur, nâest citĂ© que par son montant.
Volte-face et retournements
Si lâenquĂȘte mâa tenue en haleine tout le long du livre, malheureusement, le dernier chapitre renverse totalement lâenquĂȘte, son dĂ©roulement, ses enjeux,⊠Sans le moindre indice annonciateur, fusil de Tchekhov1, ou raisonnement, lâauteur dĂ©cide par un deus ex machina de donner Ă lâenquĂȘte une fin dont je considĂšre quâelle nâa rien de logique pour personne.
Difficile dâen parler plus, et mĂȘme dâĂ©tablir proprement la notation de ce livre: je pensais le noter â â â â â Good, mais tandis que jâĂ©cris ces lignes, repenser Ă cette fin absurde donnĂ©e Ă lâenquĂȘte mâa presque fait hĂ©siter Ă rĂ©trograder le livre entier Ă un â â âââ Meh punitifâŠ
Jâimagine que pour une qualitĂ© constante, je nâai plus quâĂ sortir du Japon et lire du Raymond ChandlerâŠ
Le Fusil de Tchekhov est un principe narratif selon lequel tout dĂ©tail introduit dans une histoire doit ĂȘtre utilisĂ© avant la fin de celle-ci. ↩︎